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L'épave du Rothesay
par Mike et
Monique Bellefeuille
revue La Plongée, août 1992
En bordure de la frontière
ontarienne, au sud d'Ottawa et à l'ouest de Montréal, l'épave
du Rothesay, un bateau à vapeur du 19e siècle, repose dans
les eaux du fleuve Saint-Laurent.
Elle
se situe à 10 mètres de fond dans une eau verte et légèrement
troublée, relativement paisible et dépourvue de courant. Cela dit,
il faut faire attention aux coups de palmes car on peut brouiller le
fond très rapidement, ce qui rend la visibilité mauvaise et ruine la
plongée.
L'avant et l'arrière de l'épave sont
en bonne condition malgré le fait que le centre du navire ne soit
plus qu'un amas de pièces éparpillées. Malgré la visibilité
moyenne, il y a plusieurs recoins à découvrir sur l'épave, comme
ces grandes roues à aubes en bois qui reposent de chaque côté de la
coque telles des sentinelles silencieuses ou encore la chambre des
maillons avec son dégât de métal éparpillé ici et là.
On peut y voir une grosse chaudière
d'où provenait le pouvoir de sa propulsion navale. Notons qu'une
lampe submersible est fort utile pour découvrir d'autres petits trésors
cachés.
Les plongeurs racontent souvent
plusieurs histoires au sujet d'un mystérieux poisson de la rivière :
la Carpe meurtrière ! Mais ce ne sont que des histoires inventées
pour effrayer les nouveaux plongeurs qui malheureusement, mordent
parfois à l'hameçon ! Il y a plusieurs autres espèces de poissons
comme la perchaude, le brochet et les anguilles communes d'Amérique.
Ceci indique la présence d'un bon équilibre écologique en voie de
croissance. Mais partout, on voit également les signes du stress
provoqué par la pollution sur la vie marine et sur l'épave. En 1991,
l'épave fut d'ailleurs endommagée par un embâcle provoquant
l'effondrement de l'avant du navire sous le poids des glaces
Une épave plus que centenaire
Le Rothesay fut construit à
St-Jean au Nouveau-Brunswick, le 2 février 1868, un an après la Confédération
du Canada.
Il a commencé son périple en navigant
sur les eaux salées de l'Atlantique entre les villes de Fredericton
et St-John. Il a été construit selon les normes de l'époque avec
des chaudières à vapeur qui font tourner de grandes roue à aubes
faites de bois imperméable. En raison de sa vitesse, il fut envoyé
dans le Haut Canada pour desservir les villes de Brockville et Montréal
comme bateau de récréation pour passagers. Son histoire navale a
pris fin le 12 septembre 1889 lorsqu'il entra en collision avec un
autre bateau, le Myra. Seul le Rothesay coula,
l'autre ne subit que quelques égratignures. Heureusement, tous les
passagers s'en sont sortis sains et saufs. La coque du bateau a coulé
au fond du fleuve mais son pont assez haut dépassait à la surface de
l'eau. Une situation qui rendait la navigation dangereuse pour les
autres bateaux. On le laissa ainsi jusqu'au début du 20e
siècle, soit jusqu'à ce que le Royal Military College de
Kingston décide de faire une pratique d'artillerie pour essayer de
nouveaux systèmes d'explosif. Un beau jour d'été, on chargea le
bateau de dynamite et puis "boom !", on en fit sauter le
centre pour étudier les résultats. La mentalité de l'époque était
malheureusement très différente de celle d'aujourd'hui. Plus tard,
on suggéra de faire enlever la portion d'épave qui dépassait de la
surface pour rendre la navigation plus sécuritaire sur le fleuve. L'épave
fut oubliée jusqu'en 1964, où le 25 septembre elle a été redécouverte
par un petit groupe de plongeurs du Underwater Society
d'Ottawa. En 1988, Save Ontario Shipwreck et le Forces
Subaqua Club (sous la direction de Jane Samson) se sont réunis
pour faire des recherches concernant ses caractéristiques et son
histoire. On peut y voir aujourd'hui la plaque commémorative qu'ils y
ont installée.
L'épave est située du côté ouest de
la ville de Prescott près de la route provinciale 2 qui longe le
fleuve Saint-Laurent. Une plaque historique sur la rive indique bien
le site. Pour se rendre à l'épave, il faut palmer environ 750 mètres
de la rive à l'épave en suivant un câble. Ceux et celles qui n'ont
pas la condition physique pour parcourir cette distance importante
devrait utiliser un bateau. Le site est très facile à trouver. Il y
a des bouées d'amarrage et une longue chaîne qui part du rivage
jusqu'à l'épave.
Plusieurs clubs de plongée s'y rendent
pour faire des certifications. Il s'agit également d'une destination
intéressante pour agrémenter une journée d'été qui commence avec
une plongée sur l'épave du Rothesay, suivi d'un pique-nique
sur la rive du Saint-Laurent et enfin une seconde plongée sur l'épave
du Conestoga, à quelques kilomètres de là, dans la région
de Cardinal. |