Un titre bien original pour une chronique de ce genre, vous direz ? Je ne
crois pas. Combien d'entre vous connaissent les moeurs de nos poissons
concernant leur mode de reproduction. Quand et où vont-ils frayer ?
Qu'arrive-t-il à leur progéniture après la ponte ? Il est pourtant facile
d'observer un très grand nombre des HABITANTS DE NOS EAUX durant cette
période, à condition de les connaître un peu. C'est pourquoi je me propose ce
mois-ci de vous éclairer sur le sujet, afin que vous puissiez apprécier
d'avantage la vie en eau douce et aussi éviter la destruction de centaines de
poissons due à votre ignorance.
Le printemps est la saison favorable pour la fraie d'un très grand nombre de
poissons. L'achigan que tout plongeur connaît bien attend que la
température de l'eau atteigne 15° C environ pour manifester ses premiers
signes d'amour. Le mâle gratte alors le fond avec sa queue pour y aménager un
nid concave. Il part ensuite à la recherche d'une femelle qu'il guidera au nid,
où elle y pondra quelques cinq milles oeufs. Le couple surveille amoureusement
leur progéniture en éventant les oeufs aidant ainsi à l'oxygénation et en
éloignant tous les intrus, y compris les plongeurs. Lorsque les petits sont en
âge de se déplacer, ils forment une masse noirâtre étroitement surveillée
par leurs parents.
Le crapet soleil et le crapet de roche ont pratiquement les
mêmes moeurs que l'achigan. Ils creusent un nid au printemps, et surveillent
agressivement leurs petits. Il est donc facile de les observer en cette saison.
Lorsque vous apercevez une tache claire d'environ deux pieds de diamètre sur un
fond rocheux, approchez-vous doucement pour observer un couple de ces poissons
en activité. Mais attention aux brusques coups de palmes qui disperseraient
aussitôt les oeufs. Les autres poissons n'attendent que ce moment pour s'en
régaler.
Début juillet, c'est la barbotte brune qui devient amoureuse. Un nid
creusé, la ponte et la garde par le couple de 2,000 à 13,000 oeufs. Chacun à
tour de rôle éventera la couvée avec leurs nageoires pour oxygéner les
futures barbottes. Puis huit ou neuf jours plus tard, a lieu l'éclosion. Les
parents continueront la surveillance de leur grouillant troupeau en les
dirigeant dans les eaux remplies de plancton, et vers les vases riches en
petites larves qu'ils déterreront pour leurs enfants. On dirait des mères
poules à la recherche de vers pour leurs poussins. Touchant n'est-ce pas ?
Immédiatement après la fonte des glaces le brochet et le
maskinongé commencent à s'agiter. Les frayères se situent dans les baies
des grands lacs, là où la végétation est dense. La poursuite de la femelle
par les mâles se termine par la ponte qui s'effectue dans un parfait
synchronisme de spasmes et de vibrations. Les séances de ponte se répètent
une dizaine de fois dans la journée et chaque fois avec un mâle différent. Il
est facile de repérer les oeufs adhérant aux plantes, Si toutefois vous voulez
bien vous aventurez dans ce genre de décors. À leur naissance, deux semaines
plus tard, les jeunes resteront collés aux plantes jusqu'à la résorption de
leur sac vitellin.
Un petit poisson un peu plus accessible à l'observation et moins
impressionnant que le maskinongé est la perchaude. Les frayères sont
localisées près des rivages ou dans l'embouchure des rivières. Par contre il
faut être nocturne et pas frileux pour les contempler, car la ponte a lieu de
nuit ou au petit jour à la fin d'avril. Si, lors de vos explorations durant
cette saison, vous apercevez de longs rubans pliés à la façon d'un accordéon
accrochés aux branches, dites-vous qu'un couple de perchaudes s'en est donné
à coeur joie il n'y a pas longtemps, et que ce que vous voyez ce sont les oeufs
de cette espèce.
Un autre habitant de nos eaux, facile et agréable à observer est le goujon
à nez noir communément appelé méné. Au printemps, le mâle se pare de
sa toilette nuptiale qui ne laisse pas indifférente la femelle... et les
plongeurs. La barre latérale noire agrémentée de nageoires inférieures
rouges ne fait pas passer inaperçu ce petit poisson de quatre pouces à la
recherche d'un fond de gravier pour la ponte. Il affectionne particulièrement
les rapides d'un ruisseau et ces ménés se tiennent en bande de quelques
centaines d'individus.
Plusieurs autres poissons restent à découvrir. Si vous vous intéressez à
ce genre d'observation, le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche
(M.T.C.P.) publie un excellent rapport technique intitulé "Frayères à
poissons d'eau chaude du couloir fluvial entre Montréal et le lac
St-Pierre", qui étudie une quinzaine d'espèces différentes. Ces
informations peuvent être complétées par le livre de Paul Provencher, "Mes
observations sur les poissons", un peu moins technique, mais très
intéressant.
Bonnes contemplations !