Il n'y a pas qu'au firmament que l'on retrouve des étoiles. Le fond des mers
en recelle une multitude aux formes et aux couleurs presque aussi nombreuses que
les constellations que l'on peut observer au-dessus de nos têtes. Un plongeur
qui en est à ses premières expériences en mer est toujours attiré par cet
Echinoderme aux multiples bras et aux couleurs variées. Il sera toujours
surpris surtout lors d'une plongée en apnée de se retrouver face à un mur de
pierre recouvert de ces êtres à cinq bras qui ont servi de modèle à la
récompense du coin de la page de son cahier pour un devoir bien accompli à la
petite école. Si ses incursions le mènent à une profondeur de 3 ou 4 mètres,
une étoile d'un rouge vif ou d'un orange flamboyant ne manquera sûrement pas
d'attirer son attention. L'Astérie rouge sang, (Henricia sanguinolenta),
c'est ainsi qu'on la nomme, est une étoile à 5 bras dont les couleurs
brillantes mettent une note supplémentaire de gaieté sur nos fonds marins
déjà invitants à l'avance.
Son corps est recouvert de fines épines qui donnent à sa peau un aspect
rugueux. En plus de se parer des couleurs déjà mentionnées il peut arriver
qu'elle se montre dans son habit jaunâtre ou même mauve. Disons que malgré la
diversité de ses couleurs, elle est facile à distinguer parmi ses congénères
puisque c'est la seule astérie (ou étoile) qui possède une peau aussi lisse.
Les deux autres étoiles à 5 bras et à la robe plutôt rugueuse que l'on
retrouve dans nos eaux sont: l'Étoile pourpre (Asterias vulgaris) et l'Etoile
commune (Asterias forbesi).
Elles se ressemblent tellement au point de vue forme et couleur qu'il est
très difficile de les distinguer au premier abord. Disons que la seule manière
efficace de les différencier c'est par la couleur de leur grain de beauté. Eh
oui! toutes les étoiles de mer possèdent un point très visible situé sur le
dessus de leur corps appelé plaque madréporite. Chez l'Étoile commune, elle
est d'un orange vif et chez l'Étoile pourpre, elle est plutôt jaune pâle. Si
par hasard, vous en rencontrez une avec 6 bras, vous vous trouvez en présence
d'une anomalie assez commune chez l'une ou l'autre des deux espèces ou plus
probablement une Étoile à 6 bras (Leptasterias polaris). Ce qu'il y a
de particulier chez cette dame, c'est qu'elle couve ses oeufs en les logeant
dans une cavité formée par la courbure de son corps et de ses bras. Les autres
membres de la famille, exception faite de l'Astérie rouge sang, n'ont pas cet
instinct maternel et éjectent leurs oeufs librement dans l'eau.
Enfin si vous découvrez des astéries à 9-10-11 ou 12 bras, ce ne sont pas
des siamoises, on les appelle Étoile soleil pourpre (Solaster endeca) ou
Étoile soleil épineuse (Crossaster papposus) *. Leurs couleurs
préférées? Solaster s'habille de jaunâtre ou de mauve tandis que Crossaster
préfère le rouge, le rose ou le blanchâtre coupés d'anneaux plus foncés.
Maintenant comment se comportent tous ces membres de la classe des
Astéridées? Leur mode de déplacement très lent s'effectue au moyen d'un
système de pompage et de centaines de ventouses situées sous leur corps. Ainsi
si vous retournez une astérie sur le dos, elle reste d'abord immobile, puis ses
petits pieds en forme de ventouses ressemblant à de petits vers essaient
d'entrer en contact avec le sol en les recourbant vers celui-ci. Dès que le
contact est établi et qu'un nombre suffisant d'attaches lui donne assez de
prise, elle se retourne et repart à la recherche de nourriture. Certaines
étoiles peuvent absorber leur nourriture microscopique à travers leur peau
(comme l'Astérie rouge sang) mais la plupart mangeront au moyen d'une bouche
reliée presque directement à l'estomac. Si la bouche ne peut entrer en contact
avec le mets désiré, l'estomac sera alors projeté vers l'extérieur par la
bouche pour aller digérer le tout à l'extérieur de leur corps. Ainsi une
astérie pourra dévorer un bivalve (une huître par exemple) en y glissant son
estomac entre les 2 coquilles maintenues ouvertes par la force de leurs bras et
digérera le tout sur place. Elles peuvent aussi s'attaquer à d'autres étoiles
de mer, à des concombres de mer (ou Holothuries) ou à un cadavre de poisson et
certaines se nourrissent exclusivement d'éponges. En fait, la plupart
s'accommodent de ce qui leur passe sous les pattes. Si lors de vos randonnées
vous apercevez un "party" d'étoiles, dites-vous qu'il y a sûrement
un "gros lunch là-dessous". Et si parmi la "gang" une
étoile ne possède qu'un ou deux bras, ne la plaignez pas, les membres
manquants se régénéreront sous peu. En effet, les étoiles peuvent s'automutiler
pour échapper à leurs prédateurs. Si vous divisez en 5 une étoile, le bras
possédant la plaque madréporite (cf. plus haut), régénérera 4 autres bras
et même une partie du système digestif si nécessaire tandis que les 4 autres
bras mourront. La nature fait bien les choses n'est-ce pas ?
Enfin, une dernière observation, les étoiles aux bras très fins que l'on
aperçoit dans les interstices des rochers ou sous une roche, sont des ophiures
(Ophiopholis aculeata) et font partie d'une classe différente des
étoiles de mer, la sous-classe des Ophiuridés. On dirait 5 vers reliés à un
disque central de la grosseur d'un dix sous et qui s'agitent en tous sens à la
recherche de particules alimentaires, de petits crustacés ou de vers marins. Si
vous les manipulez un peu trop brusquement à leur goût, ces bras se casseront
aisément.
Et voilà un très bref aperçu de nos firmaments marins. Bref, puisqu'il y
en aurait beaucoup plus à dire sur leur comportement, sur le développement des
jeunes, sur leurs moyens de nutrition ou de locomotion, contentez-vous de les
observer et peut-être que vous en découvrirez plus par vous-mêmes sur
certains de ces aspects; mais je vous préviens qu'il ne faut pas être frileux
car une étoile de mer, ça ne bouge pas vite et plus souvent qu'autrement, la
patience ou plutôt l'énergie calorifique, manque pour attendre qu'elle veuille
bien se déplacer devant nous.