Passer de "citoyenneté" montréalaise à celle de gaspésienne, et
en plus mordue de la plongée, je ne pouvais que faire l'éloge des eaux salées
du Golfe du St-Laurent; c'est pourquoi j'ai tenu à faire partager mes joies
lorsque je me suis mise à la découverte de tous ces trésors que recèle le
monde sous-marin de la Gaspésie. Non pas que je lève le nez (ou le masque) sur
nos lacs, car lorsqu'on a des poissons qui circulent dans les veines. le plus
important c'est de se mouiller peu importe le milieu. La vie aquatique des eaux
salées est tellement différente qu'on ne peut en parler qu'avec enthousiasme.
Plonger en Gaspésie en fait frissonner plusieurs. Moi-même autrefois je
grelottais à la simple idée de me tremper dans cette nappe d'une limpidité
tropicale mais d'une fraîcheur polaire. Je me suis vite réjouie en constatant
finalement qu'une plongée dans ces eaux fraîches n'avait rien d'un sacrifice.
Mon cylindre s'est vidé sans que je n'aie pu assouvir ma soif d'exploration.
Tout étais tellement différent. Habituée à plonger dans les eaux douces de
nos mers intérieures, tout me fascinait. La visibilité atteint facilement 15
mètres et il n'est pas rare de voir son "chum" à 25 mètres et plus
lorsque les conditions atmosphériques sont idéales. Cette limpidité vous
donne une très belle vue d'ensemble de la vie et des coloris sous-marins.
chaque massif rocheux est une source de découvertes. Là, un trou abrite un homard;
là, un surplomb, une loquette ou un loup atlantique; une fente
cache une colonie d'ophiures; un tombant est recouvert d'une tapisserie
d'anémones chevelues, de pêches de mer, d'oursins
verts ou d'astéries. Descendre au pied de ce mur et c'est un départ
à la découverte du crabe tourteau: présentez-lui un oursin et vous
constaterez que sa gourmandise l'emporte sur sa peur. Le Bernard l'Hermite
lui, porte bien son nom. Beau crabe orangé hors de sa carapace, il est assez
timide, préférant le confort et la sécurité de son logis à loyer modique à
un lunch facile.
Mais partons du bord dans quelques mètres d'eau. Sur un fond rocheux
recouvert d'algues calcaires d'un rose attrayant. on aperçoit ici et là
des bouquets d'algues d'un beau vert pâle (c'est la laitue de mer) aussi
agréable à l'oeil qu'aux papilles gustatives. Puis, petit à petit,. le décor
change et on se retrouve dans une forêt de "Kelp", ces grandes
algues brunes pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur. Durant la saison
estivale elles peuvent grandir de 1 cm par jour. Toujours impressionnant à
première vue, cet enchevêtrement de laminaires cache une vie marine des plus
diversifiée. Amusez-vous à fouiller à travers ces grandes algues. vous
pourriez y faire l'heureuse rencontre d'une resplendissante poule de mer
(lompe). Ce poisson, muni d'une ventouse ventrale qui lui permet de se fixer aux
rochers ou aux feuillages afin de lutter contre les mouvements de l'eau, est un
des plus colorés de ce milieu. C'est une "mère poule" exemplaire en
ce qui concerne la surveillance de ses oeufs. Tout à coup une limande à
queue jaune (une sorte de poisson plat) vous file sous le nez sans que vous
ayez le temps de réaliser d'où elle pouvait bien provenir. Les homards, les
crabes tourteaux ou décorateurs. les oursins y trouvent aussi une place pour se
mettre à l'abri ou à l'affût d'une proie. Dépassé cette forêt sous-marine
se trouve généralement une plage de sable ou de gravier où, ça et là un
bouquet d'anémones chevelues trouve un point solide d'ancrage pour se fixer et
se reproduire. Les pétoncles, de leur côté, ont préféré se creuser
une dépression dans le sable. Une petite masse en forme de gros vers noirs de
20 à 30 cm de long suscite votre curiosité. Au toucher, sa consistance plutôt
molle vous fera hésiter à l'examiner de plus près. Ne vous en faites pas ce
n'est qu'une holothurie ou concombre de mer (non comestible) tout à fait
inoffensif. Maintenant si vous décollez votre nez du fond et regardez un peu
autour et au-dessus de vous, peut-être aurez-vous la surprise de votre vie en
voyant défiler un banc de maquereaux, de harengs ou de lançons.
Délectez-vous de ce spectacle qui en vaut la peine. Les chorégraphies sont
impeccables. Leurs mouvements sont réglés au rythme des courants et du
plancton et leurs costumes argentés aux reflets bleutés ajoutent une touche
gracieuse à ce spectacle sous-marin grandiose. Tout à coup la troupe s'écarte
pour laisser la vedette à un "soleil de mer", cette magnifique méduse
(Cyanea capilata),. une des plus grosses du monde. Avec sa grande coupole
rougeâtre (260 mm) d'où pendent de longs cheveux fins (tentacules) ondulant au
gré des courants et des pulsations de son ombrelle, elle est vraiment la
"Star" du moment !
Nous voilà maintenant sur le chemin du retour. Çà et là, sur le fond de
sable, on retrouve des objets ronds et plats. bruns ou blancs. Ce sont des dollars
de sable vivants (bruns) ou morts (blancs) qui partagent aussi leur
territoire avec l'impressionnante lunatie. Ce gros coquillage aveugle est
muni d'un pied démesuré qui peut presque recouvrir une page entière de cette
revue lorsqu'il est complètement déployé. Mais déjà l'air se fait rare. il
faut mettre fin à cette plongée et remonter à la surface. Même si vous
n'avez pas vu de tanches tautogues, de stichées arctiques,. de buccins,
de nudibranches ou de raies, vous ne serez jamais déçu(e). Que
ce soit en apnée ou en autonome. les fonds marins du Golfe du St-Laurent sont
une source de découvertes intarissables. Peu importe la saison. la profondeur
ou l'heure de la journée, une plongée dans ces eaux gaspésiennes vous
laissera toujours un petit goût de "revenez-y
".