Les raies font partie de la même classe que les requins c'est-à-dire la
classe des Selachii, sous-classe des Euselachii. Ces poissons ont
un squelette entièrement cartilagineux (crâne compris), sans os véritable
mais souvent calcifié, il n'ont a pas de vessie natatoire, ce qui fait que ces
poissons doivent nager pour rester entre 2 eaux ou se reposer sur le fond
lorsqu'ils sont immobiles.
Lors de la reproduction, les raies s'accouplent et le mâle féconde la
femelle intérieurement grâce à l'appendice que formera ses deux nageoires
pelviennes modifiées, les ptérygopodes. Chaque oeuf se développera dans une
capsule cornée rectangulaire qui est l'équivalent d'une coquille chez les
oiseaux. Après la ponte, ces capsules prolongées par de grandes cornes munies
de fins crochets éviteront à l'oeuf de se faire ballotter au gré des courants
et des vagues en s'accrochant à tout ce qui pourra l'aider à se stabiliser.
La forme typique des raies fait en sorte qu'elle ne peut être confondue avec
aucun autre poisson. Un petit requin sur lequel on aura passé un rouleau
compresseur vous donne une idée assez exacte de l'aspect de cet habitant des
eaux salées. Leur nage est, par le fait même, plutôt planante car elle
s'accomplit par l'ondulation de leurs larges nageoires. Ce vol sous-marin est
très agréable à voir: tantôt elles pivotent sur l'aile pour un virage
prononcé, tantôt elles atterrissent sur le fond sans soulever un grain de
sable ou décollent à toute vitesse pour échapper aux plongeurs. Cette
efficacité dans toutes ses manoeuvres pourrait, sans contredit, servir
d'exemple aux pilotes d'avion.
Les yeux sont placés sur le dessus de la tête et les évents juste
derrière ceux-ci par lesquels elle aspire l'eau pour la rejeter par les 5
paires de branchies situées sur la face ventrale du corps. De ce fait, elle ne
peut reposer complètement à plat sur le fond car la respiration serait
perturbée. C'est pourquoi lorsque la raie est immobile, elle se surélève sur
ses pectorales légèrement incurvées afin de ménager un espace entre son
ventre blanc et le sol.
On rencontre des raies dans tous les océans. Certaines vont même jusqu'à
remonter les estuaires des rivières sur une distance de plusieurs kilomètres
vers l'amont. Les raies québécoises sont au nombre de quatre (c.f. A.H. Leem
et W.B. Scott). La raie lisse (Raja senta Garman) et la raie
épineuse (Raja radiata Donovan) ne fréquentent que les eaux
profondes de 10 à 300 brasses.
Par contre, la raie hérisson (Raja érinacea Mitchell) et la
raie tachetée (Raja ocellata Mitchell) sont plus susceptibles
d'être rencontrées aux profondeurs accessibles aux plongeurs sportifs. Ces
deux raies sont difficiles à différencier. La raie hérisson possède 38 à 64
rangées de dents, un museau très obtus et une longueur maximum de 53 cm tandis
que la raie tachetée possède 72 à 110 rangées de dents, un museau obtus et
une longueur maximum de 110 cm. Un aspect qui permet de les distinguer
"aisément" c'est que le mâle hérisson atteint sa maturité sexuelle
à une longueur de 40 à 45 cm tandis que le tacheté attend d'avoir 66 cm ou
plus pour s'accoupler. Un autre caractère distinctif de la raie tachetée: une
à quatre ocelles noires ou brunes foncées bordées de blanc sur chaque
pectorale. Ces ocelles peuvent cependant faire défaut, il suffit alors de
compter le nombre de séries de dents et cela suffit généralement pour
distinguer cette raie de la raie hérisson.
Lorsque les jeunes raies sortent de leur capsule comme le ferait un poussin,
elles sont la réplique exacte de leurs parents. Ces petits disques à queue
sont cependant dotés d'un plus grand nombre d'épines sur la ligne médiane du
dos les rendant ainsi moins attirants pour leurs prédateurs. Certaines de ces
épines disparaissent avec l'âge et ne sont aucunement dangereuses pour le
plongeur portant des mitaines. Manipulez-les avec délicatesse et n'essayez pas
de faire des vols planés à la Cousteau avec des raies québécoises et, même
si elles portent le nom anglais de "skate" (patin), n'essayez pas de
les chausser !
Enfin un dernier mot sur leur diète: amphipodes (petits crustacés) et
annélides (vers), lançons, harengs, tanche tautogue, gaspareau et poulamon
leur permettent de varier leur menu à volonté.
Voilà ce que l'on peut dire sur ces gracieux "volatiles"
sous-marins et même si vous n'avez pu dire si c'était la raie hérisson ou la
raie tachetée que vous avez observée, vous pourrez quand même affirmer à
coup sûr que c'était une raie.