Roxanne
Lamoureux
Des amis de plongée peu usuels
Reportage
présenté à Antibes en 2001 lors du festival mondial de l'image sous-marine.
Les
cheveux poivre et sel ne parviennent pas à faire détourner les yeux de son
sourire. Pour présenter ses photos, on la sent émue, mais le trac cède vite le pas à
l'exaltation lorsqu'elle commence à parler. Roxanne Lamoureux, biologiste de
son état, s'est découvert un hobby peu commun. Elle s'excuse de la qualité
des photos qu'elle va nous montrer, mais précise que ce sont des sentiments
qu'elle veut partager, pas seulement des images...
Elle est tombée "en
amour" d'une terre éloignée de tout, que nous appelons "La Gaspésie",
c'est à dire le bout de la Terre, la province de la Gaspésie, sur la côte
est. Pour suivre un homme, cette Montréalaise y est devenue pêcheuse de
homards, et a commencé s'intéresser aux mammifères marins que sont les
phoques. C'est une histoire d'amour qui va naître entre ces animaux et la pêcheuse.
Un jour, elle décide de plonger avec eux. Peu craintive de la température,
elle part s'équiper..."Il faut parfois pelleter la neige du bateau avant
d'aller plonger".
Un peu effrayée lorsque l'un d'entre eux l'entoure de ses nageoires, elle
s'habitue vite à ces étreintes et les rend à ces animaux curieux de nature.
L'oeil brillant, elle précise : "En Gaspésie, deux espèces différentes
qui sont à peu de choses près équivalentes en nombre, cohabitent ensemble: le
phoque commun (environ 60-70 kg par individu) et le phoque gris (plus imposant,
300 à 400 kg). Ils sont "très enjoués", et se sont vite habitués
au plongeur, "et sans feeding... Ils peuvent jouer tout le temps, avec
n'importe quoi : un morceau de bois, une bouteille, la main gantée d'un
plongeur".
La
sympathie que lui inspirent ces animaux est telle que Roxanne va délaisser la
pêche et se consacrer à l'ouverture d'un centre de plongée, "pour
partager sa passion". Chaque expédition est une fête. Les touristes qui
se joignent à Roxanne dans ces eaux peu profondes oublient le froid, bien
isolés dans des combinaisons adéquates."Maintenant, ce sont les phoques
qui viennent voir les plongeurs. Ils restent tout de même des animaux, et de
ce fait, sont imprévisibles. Ils vous font parfois mal sans le vouloir, car
leur force et leur sens tactile sont différents des nôtres. Leur présence
dans l'eau est régie par les marées : à marée basse, les phoques ont pour
habitude de se prélasser au soleil. Quand l'eau remonte, ils se disputent les
quelques rochers non submergés. Les dominants sont donc ceux que l'on voit le
moins! Les autres vont jouer dans l'eau. Pour qu'ils vous approchent, soyez
aussi "phoques" qu'eux et ils viendront à vous. Parfois ils se
reposent en "faisant la bouteille" à la surface, immobiles, ne
laissant dépasser que leur museau hors de l'eau. Ils peuvent dormir dans
cette position. Ce sont d'excellents apnéistes, et restent jusqu'à 30
minutes immergés. Ils dorment parfois, calés dans une anfractuosité de
roche, pour ne pas être roulés par les vagues, dans ces eaux peu profondes
(environ 5 mètres). Ils s'en extraient pour venir vous "tapocher"
dans le dos ou mordre doucement une de vos palmes, pour vous faire reculer de
quelques centimètres. C'est une farce qu'ils affectionnent tout particulièrement.
Ils se frottent aussi contre votre combinaison, recherchant des caresses.
Alors on les "flatte".