Chaque personne a vu sa vie transformée suite à une expérience
inoubliable. Ce moment est parfois d'une telle intensité qu'il peut
influencer l'avenir de cette personne pour toujours. J'ai vécu un tel moment,
le 6 mars 1982 où, pour la première fois, j'ai plongé dans l'Estuaire marin
du Saint-Laurent.
Ce matin là, un vent glacial du nord balayait le Quai des Pilotes des
Escoumins, une petite localité de la Haute Côte Nord. Assis sur un rocher et
"flaccottant" mes palmes dans l'eau, je me demandais vraiment ce que
je faisais là. J'étais convaincu qu'il fallait être un peu fou pour se
jeter dans une eau à 2 degrés Celsius sous zéro. Toutefois, au signal de
mon copain de plongée, je me suis mis à l'eau.
Je n'en croyais pas mes yeux. Une visibilité surprenante, des couleurs
intenses et tant d'animaux variés. Jamais je n'aurais cru cela possible dans
le Saint-Laurent. Le fond était tapissé d'oursins, d'éponges, d'étoiles de
mer, d'anémones de mer, de crabes et j'en passe. Je n'oublierai jamais cette
plongée...
Par contre, ce que je craignais le plus m'est bel et bien arrivé. A mon
retour à Montréal, je fus accueilli par une foule de sceptiques qui ne
croyaient pas un mot de ce que je leur décrivais. Certains m'ont demandé si
je n'avais pas trop souffert d'ivresse des profondeurs lorsque j'affirmais que
les animaux du Saint-Laurent marin étaient aussi colorés que dans la mer des
Caraïbes. Un autre plongeur un peu plus curieux m'a demandé si je n'avais
pas des images à lui montrer.
L'idée ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd et dans les mois qui ont
suivi je me suis équipé d'un appareil photographique sous-marin. N'ayant
personne pour me guider, mes débuts furent marqués d'essais, d'erreurs et de
frustration. J'ai souvent pensé abandonner mais suite aux encouragements de
mes amis plongeurs j'ai persévéré.
Depuis cette première plongée 20 années se sont écoulées. Pendant
cette période j'ai pu explorer les fonds marins de plus d'une douzaine de
localités bordant les rives du Saint-Laurent.