Eh
oui ! Encore une fois, je me suis retrouvé samedi dernier avec mes
compères et commères des Diables pris dans une aventure où les
vagues immenses, les vents rugissants et la pluie battante
s'étaient donnés rendez-vous.
Mais le coté piquant
des conditions "environnementales" n'a fait qu'amplifier
la joie de plonger sur une épave que j'affectionne.
A peine l'aube
avait-elle pointé le bout de son nez que Claude, mon compagnon de
voyage, se gare devant chez moi. On embarque le stock et nous voilà
tout guilleret à arpenter les routes du Québec et de l'Ontario
vers la terre (et l'eau) promise sous un ciel gris et bas. Rien de
tel qu'un trajet en auto pour mieux connaître son copain. C'tu le fun
covoiturer...
Nous voici enfin à
Rockport où Michel Chartier, cet excellent et sympathique
pourvoyeur d'excursion de plongée, a transformé d'un coup de
cyalume magique son beau gros bateau confortable en deux
pneumatiques rapides et nerveux qui aiment à s'enrouler sur les
vagues dès qu'elles sont un peu formées...
Après les
retrouvailles avec les autres Diables, on se prépare... On charge
l'équipement et pour certains on prend les lunchs quand d'autres
hésitent à surcharger le bateau.
Keystorm nous
voilà !
Dès que la douane
sera passée nous pourrons enfin nous ravir les yeux de ta coque
meurtrie par ce long sillon laissé par ce haut fond. De valeureux
plongeurs canadiens n'hésitent pas à présenter leur passeport
avec leur gros couteau collé sur le mollet. Ça impressionne
toujours l'administration...
Le trajet vers le Keystorm
est rapide. Heureusement, car sur cette partie bien dégagée les
vagues se font plus fortes et on s'attache sur la bouée au-dessus
du haut fond qui a coulé le bateau. Ces mêmes vagues qui font
virevolter l'estomac quand on cherche une pièce d'équipement au
fond du bateau et dieu sait qu'on a de l'équipement en plongée...
Enfin prêt à basculer.
Ouf ! Tout se calme,
l'eau m'entoure… je me sens mieux. Je fais signe à Claude qu'on
descend tout de suite pour vite retrouver le calme et la
sérénité.
Quelques mètres à
suivre une corde et le Keystorm exhibe déjà son gros nez
dans les eaux vertes et chargées. Mais c'est l'autre bout qu'on
convoite pour l'instant… alors direction l'hélice. On s'enfonce,
on croise quelques plongeurs qui se cachent aussitôt dans leur
nuage de particules, on passe à coté de l'entrée des cales,
indifférents à l'appel de leur noirceur - tout à l'heure, on va
revenir.
Tout
près de la poupe, on croise un photographe qui mitraille sa muse
avec comme toile de fond l'hélice immobilisée. Juste une grosse
pale émerge encore, symbole de la puissance anéantie un jour de
brouillard. Le temps s'écoule vite à ces profondeurs. On glisse
doucement le long du pont, on éclaire furtivement le fond des
cales, on zigzague dans l'enchevêtrement du poste de pilotage puis
c'est le retour vers la surface par là où on est venu... Oh la la
ça brasse !
Claude sauve mon
estomac en partageant son sandwich qu'on fait rester au fond en
tassant par dessus moult croustilles... Faut que ça tienne le coup
le temps d'un intervalle de surface décent... A mon avis, je ne
suis pas le seul à être blême.
La perspective de
retourner contempler le Keystorm me permet de me rééquiper
et de basculer dans l'eau en un temps record (Merci à la patience
infinie de Claude). Cette fois-ci, on fait dans le détail. On ne
perd pas de temps à descendre au plus creux de notre plan de
plongée pour remonter centimètre par centimètre le nez collé sur
l'épave et sa structure vérolée par la rouille.
Les cales, si
mystérieuses lors de la plongée précédente, se dévoilent sous
les coups insistants de nos lumières inquisitrices. Les petits
poissons qui s'étaient cachés dans les recoins, pensant être
tranquilles, se retrouvent figés devant nous. Bien que certains,
plus cabotins, jouent les stars en apparaissant dans les trous des
hublots et saluent la foule venu les admirer.
Le poste de pilotage
doit avoir le torticolis à force de pencher sa structure de
spaghettis sur le coté. On joue les pilotes puis on décide de
jouer les docteurs et d'aller voir la "cicatrice". On
revient à la proue et on passe par-dessus. Une première entaille
apparaît, la plaie ne s'est pas refermée. On pousse plus loin
notre auscultation et on découvre par là où l'eau s'est
engouffrée, attirant le Keystorm dans le fond du St Laurent.
Entaille gigantesque qui court le long de la coque et qui semble
encore vibrer du contact avec le haut fond. Ça me laisse rêveur.
En remontant on rencontre deux Diables qui jouent les trapézistes
pour agrémenter l'arrêt de sécurité. Va falloir affronter de
nouveau les vagues…
Le retour est sportif
mais ne se passe pas trop mal. Je suis tout de même content de
mettre pied à terre où Jacques nous requinque avec des potions et
des onguents dont lui seul a le secret.
Ça, c'est du samedi
Mille-Îles.
Ludovic