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Ça
y est, on a réussi à plonger et même à faire la toute première
plongée de la saison du club.
Mais
si c'est la première plongée, c'est aussi le premier compte rendu
et l'encre a séché dans l'encrier. Mes neurones qui n'avaient pas
été saturés d'azote depuis au moins l'invention du scaphandre
pied lourd, baignent enfin dans une bienfaisante félicité.
Ce
fut un calvaire de les extraire de là. Mais il faut faire son
devoir et informer les autres membres de leur infortune.
Remontons
de quelques jours dans le temps, où une avalanche d'annulation
balayait le site des Diables. Notre sortie allait-elle, elle aussi,
subir le même sort ?
Je
n'aurais pu le supporter ayant déjà eu la semaine précédente des
désistements en série qui m'avait laissée tout pantelant, mon sac
de plongée encombrant le passage dans le couloir.
Yannick
a pris la seule décision qui avait de l'allure: on y va, on plonge!
Go Diab! Go!
Vraiment
? Malgré les risques de déluge ? Malgré le Tour de l'Île ?
Malgré la couette moelleuse et l'aube grisâtre ?
Oh
que oui...
Surtout
qu'il va y avoir notre amie internationale, l'inénarrable Tania
accompagnée de son non moins célèbre cylindre rose. Et comme on
fait dans l'accommodement raisonnable, je vais avoir le privilèges
rarissime de replonger avec Clarisse après plusieurs années de
tentatives infructueuses. En plus, elle vient me cueillir sur la pas
de ma porte et devisant gaiment nous arpentons les routes du Québec
et de l'Ontario. Tania avait pris le rôle ingrat de copilote. Nous
tenons a préciser pour les prochaines fois que Brockville c'est la
sortie 696, mais que si vous avez un doute, la sortie 687 situé 9
kilomètres plus loin vous permettra de vous remettre dans le droit
chemin.
Le
fleuve est la, mais il semble un effarouché à moins qu'il soit
boudeur. Après ces longs mois à couler sans personne pour venir
troubler son cours ça se comprend.
Le ronronnement du moteur est remplacé par le jacassement des
Diables, tout content de se retrouver et d'échanger en quelques
minutes des nouvelles et des potins qu'ils avaient précieusement
conservés tout l'hiver. Tout ca sur fond olfactif de boules mite ou
pour les plus chanceux d'odeur de néoprène neuf modèle mieux
ajusté...
Ça
y est 'Bateau' est prêt ainsi que son capitaine Bonhomme blagueur
Alain Saint-Marseille.
Zouf
nous voila déjà accroché à la bouée en amont de Sparrow Island.
Une percée dans les nuages nous incite à basculer dans l'eau
frémissante. Le fleuve s'ouvre et nous engouffre.
Les
bulles s'échappent en crépitant vers la surface. Les oreilles font
plop. Tout semble bien aller. Mais les apparences sont trompeuses.
Si on observe bien, on voit les plongeurs de ce petit groupe (Tania,
Clarisse, Yannick et moi) se débattre chacun avec des petites
misères. Une orientation chancelante, un courant un peu trop
impétueux, ou des muscles encore un peu faiblard.
Mais
la récompense est là.
Le
Lillie détache son ombre verte du fond du fleuve. Je sais pas
pourquoi, mais je trouve qu'il a changé, pris un coup de vieux. Ses
flancs se sont ridés. Le bois tremble quand on le caresse. Mais il
reste digne, malgré son petit coté tortue malhabile renversée sur
le dos et qui s'efforce de se remettre sur pied.
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