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Revue La Plongée              


Épaves du Robert Gaskin et du Lillie Parsons

Week-end Mille-Îles
Dimanche le 1er juin 2008

 Texte : Ludovic Andrivon

Photos : Ludovic Andrivon
          Vincent Martel
          Tania Gibérien

 

Ça y est, on a réussi à plonger et même à faire la toute première plongée de la saison du club.

Mais si c'est la première plongée, c'est aussi le premier compte rendu et l'encre a séché dans l'encrier. Mes neurones qui n'avaient pas été saturés d'azote depuis au moins l'invention du scaphandre pied lourd, baignent enfin dans une bienfaisante félicité.

Ce fut un calvaire de les extraire de là. Mais il faut faire son devoir et informer les autres membres de leur infortune.

Remontons de quelques jours dans le temps, où une avalanche d'annulation balayait le site des Diables. Notre sortie allait-elle, elle aussi, subir le même sort ?

Je n'aurais pu le supporter ayant déjà eu la semaine précédente des désistements en série qui m'avait laissée tout pantelant, mon sac de plongée encombrant le passage dans le couloir.

Yannick a pris la seule décision qui avait de l'allure: on y va, on plonge! Go Diab! Go!

Vraiment ? Malgré les risques de déluge ? Malgré le Tour de l'Île ? Malgré la couette moelleuse et l'aube grisâtre ?

Oh que oui...

Surtout qu'il va y avoir notre amie internationale, l'inénarrable Tania accompagnée de son non moins célèbre cylindre rose. Et comme on fait dans l'accommodement raisonnable, je vais avoir le privilèges rarissime de replonger avec Clarisse après plusieurs années de tentatives infructueuses. En plus, elle vient me cueillir sur la pas de ma porte et devisant gaiment nous arpentons les routes du Québec et de l'Ontario. Tania avait pris le rôle ingrat de copilote. Nous tenons a préciser pour les prochaines fois que Brockville c'est la sortie 696, mais que si vous avez un doute, la sortie 687 situé 9 kilomètres plus loin vous permettra de vous remettre dans le droit chemin.

Le fleuve est la, mais il semble un effarouché à moins qu'il soit boudeur. Après ces longs mois à couler sans personne pour venir troubler son cours ça se comprend.
Le ronronnement du moteur est remplacé par le jacassement des Diables, tout content de se retrouver et d'échanger en quelques minutes des nouvelles et des potins qu'ils avaient précieusement conservés tout l'hiver. Tout ca sur fond olfactif de boules mite ou pour les plus chanceux d'odeur de néoprène neuf modèle mieux ajusté...

Ça y est 'Bateau' est prêt ainsi que son capitaine Bonhomme blagueur Alain Saint-Marseille.

Zouf nous voila déjà accroché à la bouée en amont de Sparrow Island. Une percée dans les nuages nous incite à basculer dans l'eau frémissante. Le fleuve s'ouvre et nous engouffre.

Les bulles s'échappent en crépitant vers la surface. Les oreilles font plop. Tout semble bien aller. Mais les apparences sont trompeuses. Si on observe bien, on voit les plongeurs de ce petit groupe (Tania, Clarisse, Yannick et moi) se débattre chacun avec des petites misères. Une orientation chancelante, un courant un peu trop impétueux, ou des muscles encore un peu faiblard.

Mais la récompense est là.

Le Lillie détache son ombre verte du fond du fleuve. Je sais pas pourquoi, mais je trouve qu'il a changé, pris un coup de vieux. Ses flancs se sont ridés. Le bois tremble quand on le caresse. Mais il reste digne, malgré son petit coté tortue malhabile renversée sur le dos et qui s'efforce de se remettre sur pied.

C'est dommage, mais on a du mal à vraiment apprécier le spectacle qui s'offre à nous tant les gestes qui se font tout seul habituellement ont de la misère à sortir de leur torpeur.

Et en plus je m'étais mis dans la tête de faire des photos... Encombré par tout ce fatras j'ai l'impression de faire pitié tellement je me sens empoté.

Ma mission: faire au moins une photo nette.... sous l'eau. Finalement nous voila au bout du bateau, le courant nous propulse le long des rocs, ou sommes nous ? La baie est loin? Encore un peu. Ah la voila.... le calme plat. Accueilli en surface par une voie maritime qui charrie d'énormes cargo qui n'en finissent plus d'être long. On a bien besoin d'une pose. Il faut se remettre de nos émotions. On récupère les autres plongeurs qui batifolent plus loin et on retourne au quai échafauder les plans de la deuxième expédition. Qui ne tarde pas a prendre forme et a se concrétiser.

Nous revoilà tout équipé prêt a basculer vers Le Robert Gaskin. On a fait le plus dur ce matin, là tout devrait aller mieux. Effectivement, je ne ressens plus de gêne, mon souffle se fait discret, je vois et j'entends le fleuve qui m'entoure.

Le bateau se cache dans la pénombre, laissant a peine entrevoir des planches qui sortent de sa carcasse disloquée. Il faut rentrer dedans pour bien le voir, pour faire corps avec lui. Il va nous raconter son histoire, comment il en est arrivé là.

Mais non, tout se brouille.... je perd le fil de son récit quand je me retrouve au milieu d'un nuage de particules qui se précipite sur moi. Apparemment on est pas tout seul à avoir eu l'idée de plonger sur cette épave. Heureusement, le courant balaye tout çà et nous redonne une visibilités potable. J'en profite pour mitrailler la moindre interstice, la moindre aspérité pour la postérité d'un bateau qui s'est donné à nous. Seul rescapé d'une série ou le flou le dispute au bougé, un anneau en fer bien campé sur la bastingage me donne le cliché espéré. Sereins, je remonte vers la surface....

Retour au quai, les plongées sont finies.

Et à nouveau le piaillement des Diables qui livrent en vrac les impressions de la journée.

Bon quand est-ce qu'on plonge ?

Ludovic

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009