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Les cheveux poivre et sel ne parviennent pas à
faire détourner les yeux de son sourire.
Pour présenter ses photos, on la sent émue, mais le trac cède vite le pas
à l'exaltation lorsqu'elle commence à parler. Roxanne LAMOUREUX, biologiste
de son état, s'est découvert un hobby peu commun. Elle s'excuse de la qualité
des photos qu'elle va nous montrer, mais précise que ce sont des sentiments
qu'elle veut partager, pas seulement des images...
Elle est tombée "en amour" d'une
terre éloignée de tout, que les Canadiens appellent "La Gaspésie",
c'est à dire le bout de la Terre, la province de la Gaspésie, sur la côte
est. Pour suivre un homme, cette Montréalaise y est devenue pêcheuse de
homards, et a commencé s'intéresser aux mammifères marins que sont les
phoques. C'est une histoire d'amour qui va naître entre ces animaux et la
pêcheuse.
Un jour, elle décide de plonger avec eux. Peu craintive de la température,
elle part s'équiper..."Il faut parfois pelleter la neige du bateau avant
d'aller plonger".
Un peu effrayée lorsque l'un d'entre eux l'entoure de ses nageoires, elle
s'habitue vite à ces étreintes et les rend à ces animaux curieux de nature.
L'oeil brillant, elle précise : "En Gaspésie, deux espèces différentes
qui sont à peu de choses près équivalentes en nombre, cohabitent ensemble:
le phoque commun (environ 60-70 kg par individu) et le phoque gris (plus
imposant, 300 à 400 kg). Ils sont "très enjoués", et se sont vite
habitués au plongeur, "et sans feeding... Ils peuvent jouer tout le
temps, avec n'importe quoi : un morceau de bois, une bouteille, la main gantée
d'un plongeur".
La sympathie que lui inspirent ces animaux est
telle que Roxanne va délaisser la pêche et se consacrer à l'ouverture d'un
centre de plongée, "pour partager sa passion". Chaque expédition
est une fête. Les touristes qui se joignent à Roxanne dans ces eaux peu
profondes oublient le froid, bien isolés dans des combinaisons adéquates."Maintenant,
ce sont les phoques qui viennent voir les plongeurs. Ils restent tout de même
des animaux, et de ce fait, sont imprévisibles. Ils vous font parfois mal
sans le vouloir, car leur force et leur sens tactile sont différents des
nôtres.
Leur présence dans l'eau est régie par les marées : à marée basse, les
phoques ont pour habitude de se prélasser au soleil. Quand l'eau remonte, ils
se disputent les quelques rochers non submergés. Les dominants sont donc ceux
que l'on voit le moins! Les autres vont jouer dans l'eau. Pour qu'ils vous
approchent, soyez aussi "phoques" qu'eux et ils viendront à vous.
Parfois ils se reposent en "faisant la bouteille" à la surface,
immobiles, ne laissant dépasser que leur museau hors de l'eau. Ils peuvent
dormir dans cette position. Ce sont d'excellents apnéistes, et restent jusqu'à
30 minutes immergés. Ils dorment parfois, calés dans une anfractuosité de
roche, pour ne pas être roulés par les vagues, dans ces eaux peu profondes
(environ 5 mètres). Ils s'en extraient pour venir vous "tapocher"
dans le dos ou mordre doucement une de vos palmes, pour vous faire reculer de
quelques centimètres. C'est une farce qu'ils affectionnent tout
particulièrement.
Ils se frottent aussi contre votre combinaison, recherchant des caresses.
Alors on les "flatte", (NDLR: on les caresse).
Roxanne termine son
récit, toujours en
souriant."La Gaspésie c'est une région où l'on croit être sur une
autre planète". Elle est radieuse, et la salle affiche le même sourire
qu'elle au début de son conte.
Yann SAINT-YVES.
yann_sy@yahoo.com
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