Au loin, devant nous, apparaît un minuscule point blanc. "Nous sommes
arrivés" s'exclame le capitaine, identifiant à l'aide de ses jumelles, le
phare blanc de l'île-aux-Perroquets.
Notre arrivée à l'archipel est marquée par la visite de phoques qui
inspectent avec prudence la coque du bateau, pendant qu'autour de nous, sternes
et mouettes, s'adonnent à coeur joie à la pêche. Les phoques ont cédé leur
place à trois ou quatre petits rorquals, qui eux semblent tout à fait
indifférents à notre présence. Quelques instants plus tard, éclairés par la
chaude lueur du soleil couchant miroitant dans les vagues, nous jetons l'ancre
dans la Baie de Quarry pour y passer la nuit.
Surtout connue pour ses formations rocheuses des plus spectaculaires, la
réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan présente un intérêt certain
pour ceux qui aiment l'exploration. Quarante plongées sur douze sites
différents nous ont convaincus de son potentiel pour la plongée sous-marine.
Créée par la loi des parcs nationaux en 1984, la réserve de parc national
de l'Archipel-de-Mingan en est à sa 5ième année d'existence. Elle est située
sur la Moyenne-Côte-Nord du Saint-Laurent, directement au nord de l'île
d'Anticosti. Constitué d'une quarantaine d'îles et d'îlots, l'archipel
s'étend sur une distance de plus de 150 km, à environ 3.5 km du rivage.
Se rendre à l'archipel est relativement simple. De Montréal vous vous
rendez d'abord à Québec. Vous empruntez ensuite la route 138 est, et, après
quinze heures de route et plus de 1200 km, vous y êtes! Où la route 138 prend
fin, vous tournez à droite et vous êtes à Havre St-Pierre. C'est la dernière
petite ville sur la 138. Pour continuer plus à l'est, vous devez prendre le
bateau ou l'avion.
C'est à Havre Saint-Pierre et à Longue-Pointe-de-Mingan (45 km plus à
l'ouest) que se trouvent les bureaux de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan.
À ces bureaux, il est possible d'obtenir une foule d'informations pertinentes
concernant les activités offertes dans l'archipel.
Havre Saint-Pierre possède la plus grande capacité d'hébergement, mais il
est aussi possible de loger à Longue-Pointe-de-Mingan et à Mingan. Ces trois
localités vous offrent le choix entre le camping, l'hébergement famille et
quatre hôtels.
Pour les plus aventuriers, il est possible de pratiquer le camping sauvage
dans l'archipel. On y retrouve environ une demi-douzaine de sites, répartis sur
six îles. Les seules services offerts sont toilettes sèches, tables de
pique-nique, foyer et bois de chauffage.
Si vous aimez la vie abord de bateau, vous pourriez considérer les services
de charters. Dans mon cas j'ai fait le voyage abord de l'Aurélie, un
bateau de plongée naviguant sur le Saint-Laurent (Voir La Plongée vol.16
no.6).
Voyager d'une île à l'autre pour un touriste "régulier" est
relativement facile. Un des choix possibles est de monter abord d'un des bateaux
d'excursions spécialement aménagés à cet effet. Cependant, ils n'offrent que
peu de flexibilité car vous devez demeurer en groupe et suivre le guide.
Un autre option est de louer les services des bateaux-taxis. Ce sont de
petites embarcations qui sont intéressantes pour les campeurs, mais pas très
adaptées pour une clientèle de plongeurs.
À moins de posséder votre propre embarcation, où d'en louer une, plonger
l'Archipel-de-Mingan peut devenir un problème. Il n'existe aucun club ou
service de bateau de plongée établi dans la région, encore moins une boutique
de plongée. La boutique la plus près se trouve à Sept-îles.
Cette situation est malheureuse car les fonds marins de l'Archipel-de-Mingan
sont d'une grande richesse et d'une beauté peu commune. Sur certains sites,
nous avons exploré des falaises sous-marines pouvant rivaliser en terme de
richesse animale avec celles des mers tropicales.
Ailleurs, nous avons plongé sur des fonds rocheux caractérisés par leur
topographie plate, en pentes, ou en éboulis, où chaque interstice est
incrusté d'une vie marine aussi variée que colorée. Moins colorés mais non
moins intéressants sont les fonds meubles sablonneux ou vaseux. Ces derniers
sont souvent délaissés des plongeurs, mais un observateur curieux peut y
découvrir une multitude d'espèces de mollusques, de vers marins, de
crustacés. d'amphipodes, de poissons et j'en passe.
À bord du bateau de plongée L'Aurélie, nous avons exploré les
fonds marins de l'archipel d'est en ouest, de l'île de la Maison jusqu'à
l'île à la Chasse. En tout, douze sites de plongée répartis sur dix îles.
Sans vous énumérer chacun des sites, j'aimerais partager avec vous mes
impressions sur les plus intéressants. Durant le voyage nous avons eu la chance
de plonger sur trois murs sous-marins. Deux de ces murs sont localisés sur la Petite
Île au Marteau. Il s'agit d'une petite île située en face de Havre
Saint-Pierre.
Le mur le plus accessible est situé sur le côté nord-est de l'île. Il
débute à quelques mètres du bord et descend jusqu'à environ quinze mètres.
À son extrémité nord, des milliers de petites pattes dépassent de la paroi
et battent au gré des courants. Ce sont des ophiures, des petites étoiles de
mer très fragiles qui se réfugient dans les interstices des algues calcaires
et qui attrapent des particules organiques avec leurs pattes pour se nourrir. Se
dirigeant du côté sud du mur, on peut observer d'immenses colonies de pêches
de mer. Un peu plus loin des colonies d'anémones plumeuses ainsi que des lits
de moules envahissent le mur.
Moins accessible cette fois est le mur situé du côté ouest de l'île.
Localisé à 75 mètres du bord et débutant à 10 mètres de profondeur, le mur
descend jusqu'à environ 30 mètres. Il n'y a pas un centimètre carré qui ne
soit couvert d'organismes marins. Caractérisé par la présence de moules
géantes et de quelques pétoncles d'Islande, il est aussi très garni en
anémones plumeuses, en éponges et en pêches de mer.
Un autre mur superbe est situé à l'île à la Chasse. Le mur n'est
pas aussi garni envie marine que ceux de la Petite Île au Marteau mais son
exploration n'en est pas moins intéressante. J'ai pu y photographier plusieurs
espèces d'hydres ainsi que d'avoir le privilège de plonger avec une magnifique
crinière de lion, une méduse du nom de Cyanea capillata.
Le site le plus accessible de l'archipel est situé à la pointe est de l'île
du Havre, à quelques minutes par bateau de Havre Saint-Pierre. Les
plongées peuvent s'effectuer à une profondeur moyenne de 10 à 15 mètres et
on peut y observer une vie marine abondante et diversifiée. C'est sur ce site
que j'ai eu la chance de photographier un mollusque que je n'avais jamais
rencontré auparavant. Son nom, Neptunia despecta tornata, un mollusque
qui ressemble beaucoup au buccin commun (Buccinum undatum) et qui comme
ce dernier s'enfouit dans le sable.
En ce qui à trait à l'exploration sous-marine, tout est à faire à l'Archipel-de-Mingan.
Un guide décrivant les sites de plongée de l'archipel serait sûrement le
bienvenu.
J'ai adoré mon séjour à l'Archipel-de-Mingan et je le recommande à tous
plongeurs du Québec et d'ailleurs. Une recommandation par contre, préparez
votre voyage à l'avance.
J'aimerais remercier Claude Grenier de l'A.P.E.Q., André Fiset et Luc
Pouliot de l'Auberge du Plongeur, Paul Boissineault des Production Atlan
et la magazine LA PLONGÉE pour leur soutien lors de la réalisation
de la série de reportages sur le St-Laurent.