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NAUFRAGES
DE LA
BAIE GEORGIENNE
par Lorna et Jim Kozmik
Revue LA PLONGÉE
Volume 19, No. 4, Août 1992
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Au cours des 150 dernières années de
navigation en eau douce, au moins 300 navires ont coulé, brûlé ou sont
entrés en collision dans les limites territoriales de cette seule
étendue d'eau.
À l'époque des pionniers du Canada, un grand
nombre de petits avant-postes situés au nord de l'Ontario dépendaient de la
flotte de bois des voies de commerce de la Baie Georgienne. Tous ces
trois-mâts, goélettes et vapeurs devaient quotidiennement naviguer à travers
des hauts-fonds rocheux et fort dangereux. Mal équipés, plusieurs d'entre eux
se fracassèrent sur les rives calcaires accidentées de la Baie Georgienne aux
eaux profondes et froides.
Les carcasses de nombreux navires de l'époque de
la navigation à voile reposent au fond de l'eau, offerts à l'exploration des
plongeurs amateurs désireux de s'imprégner du souvenir d'un passé révolu. La
majorité des épaves reposent entre cinq et 20 mètres, des profondeurs
parfaitement sécuritaires et susceptibles d'assurer une exploration agréable
et facile.
Plusieurs des plus belles épaves se retrouvent
entre Wiarton et la baie de Nottawasaga dans la partie sud de la Baie Georgienne
et entre Honey Harbour et Parry Sound dans l'axe est-ouest. Abritée par des
îles situées à sa périphérie, cette dernière section offre des eaux calmes
qui permettent au navigateur d'y mouiller en toute sécurité et de faire de la
bonne plongée quand le temps se gâte. Durant l'été, l'eau se maintient à
18° C.
C'est dans la partie nord, dans la région de
Tobermory, qu'ont eu lieu certains des plus célèbres naufrages en eau douce de
l'histoire, ceux de l'Arabia, du Sweepstakes et du Forrest City.
Comme dans la plupart des cas, ces naufrages se sont produits le long des hautes
falaises de Tobermory. Heureusement que Tobermory est un des rares parcs
sous-marins protégés sur la planète. Personne n'a encore touché à ces
épaves et quelques-unes sont intactes.
L'épave de l'Arabia
Le plus célèbre naufrage en eau douce du monde
est probablement celui du trois-mâts Arabia. C'est en 1884 qu'il connut
une fin tragique, à Tobermory, au large de Echo lsland. Ce vaisseau de quarante
mètres de longueur sur huit de largeur commença à prendre eau, se remplit et
coula tout bêtement à 40 mètres de profondeur. Il fallut attendre 1971 pour
connaître son emplacement précis. Fait unique on connaît sa carrière de
navigation. Ce schooner repose au fond de l'eau, intact, avec ses moques, son
mât de beaupré et ses treuils en parfait état. Seul le pont supérieur a
commencé à s'affaisser. Ses ancres énormes pendent à ses flancs. Les dangers
de la plongée à une telle profondeur ont permis la conservation de l'épave,
une merveille de la construction navale d'antan.
L'épave du Sweepstakes
L'épave la mieux conservée des environs de
Tohermory est celle de la goélette Sweepstakes. Reposant à 10 mètres
de profondeur dans le port bien abrité de Big Tub, c'est la plus fréquemment
visitée. Longue .de 40 mètres, elle en fait 8 au grand bau. Un certain
mystère plane sur son naufrage survenu en 1867. On a longtemps cru que le
bateau, vieux et sur le point d'être radoubé, avait été sabordé dans les
eaux peu profondes de la baie. Une autre version soutient qu'il a subi des
avaries lors d'une violente tempête à proximité du canal du cap Hurd et qu'il
a tout juste atteint le port avant de couler.
Les treuils, les parapets et les écoutilles sont
toujours en parfait état. Le bateau est en position verticale et on l'a étayé
pour qu'il puisse résister aux hivers. Quand il fait beau, c'est l'épave la
plus photogénique qui soit.
L'épave du City of Grand Rapids
Un incendie s'étant déclaré à son bord
le 29 octobre 1907, le vapeur de 40 mètres de longueur fut toué, en flammes,
dans le port de Big Tub et on le laissa brûler tranquillement jusqu'à la ligne
de flottaison. De nos jours, quand il fait beau, on peut apercevoir les restes
éparpillés de ce vapeur d'une capacité de 700 tonneaux qui émergent des
hauts-fonds du port de Big Tub, à proximité du Sweepstakes. On en a
retiré l'hélice et le gouvernail pour les exposer au musée des épaves de
Tobermory.
L'épave du Michagan
Le chaland de sauvetage en acier Michagan
a connu un glorieux destin puisqu'il a coulé en essayant de décharger un
navire échoué au large de la pointe nord-ouest de l'île Hope. D'une capacité
de 1,354 tonneaux, il s'est posé sur le récif peu profond au large de cette
île. Ses lourds agrès et ses treuils sont demeurés sur l'épave et forment
une pittoresque toile de fond pour les photographes.
L'épave du Maple Dawn
Avec ses 1,671 tonneaux, le Maple Dawn
constitue le plus impressionnant cargo d'acier que l'on puisse trouver dans la
partie sud de la Baie Georgienne. Un immense rocher dont on aperçoit le profil
du rivage marque son emplacement. C'est au cours d'une tempête de neige, le 28
novembre 1924, que ce grand cargo, chargé de céréales, a frappé le rocher
qui est devenu sa pierre tombale en se hâtant pour se mettre à l'abri. Au
début des années 30, on l'a partiellement renfloué afin de récupérer ses
plaques d'acier de 2 cm d'épaisseur. Puis, on l'a fait sauter à la dynamite,
répandant du métal sur une superficie considérable. À 33 mètres à
l'arrière, on retrouve son hélice toute tordue.
L'épave du Marquette
Au début de l'automne 1975, grâce aux efforts
d'Argosy Sports et de Gerry Lowden, on a fait la découverte d'une nouvelle
épave presque parfaitement conservée au large de l'île Hope, du côté
sud-est. Le schooner fut identifié grâce à un sonar à balayage latéral à
très courte distance du phare de l'île Hope. L'épave repose au large, à il
mètres de profondeur, en position verticale sur un banc de sable. Elle fait 44
mètres sur 10. Le corps du pont-arrière du navire est disparu, le mât gît à
tribord et les ancres ont été rejetées des deux côtés du navire. Le
cabestan et les treuils sont légèrement mal en point et se retrouvent dans la
partie affaissée du pont supérieur. Les moques bordent chaque plat-bord et
d'énormes chaînes sont enterrées tout près. Jusqu'à tout récemment, on ne
savait rien de ce naufrage, d'où le nom épave de Lowden parce qu'au phare
centenaire, on n'a aucune trace d'une goélette qui aurait fait naufrage dans
cette partie de la Baie Georgienne. Mais, maintenant, grâce au ministère et à
Peter Englebert, nous savons qu'il s'agit du Marquette.
Durant l'été de 1991, une équipe de plongeurs
handicapés, assistée de Peter Englebert, a étudié le site et recueilli de
l'information pour le ministère. Pendant ce temps, on a tourné un documentaire
d'une heure pour la télévision sur ce projet justement appelé "Le défi
Marquette".
Ces sept épaves ne représentent qu'une infime
partie de l'histoire de la navigation contenue dans cette partie des Grands
Lacs. Plus de 300 épaves se trouvent dans ces eaux et on n'en a que très peu
retrouvées. Chaque année, on en découvre quelques-unes. Les lieux sont
envahis jusqu'à ce que le site soit entièrement dévasté ou confiés à des
archéologues pour qu'ils assurent la conservation des objets qu'ils
contiennent.
La moindre information qu'on retire des épaves
énumérées est décrite de façon telle qu'un plongeur ordinaire, au cours
d'une expédition de fin de semaine, peut se faire une bonne idée de ce que les
profondeurs de l'eau recèlent. L'exploration des épaves de la Baie Géorgienne
offre aux plongeurs une aventure de fin de semaine passablement sécuritaire et
peu éloignée des grands centres urbains tout en explorant le patrimoine de
l'Ontario.