Il était une fois en Gaspésie au Mont Saint-Pierre.
Par soleil radieux et flots calmes, il était sept heure à peine le 28
juillet 1992. Nous avions pris le large, ma soeur Lison et moi, pour une petite
pêche à la morue en haute mer, sans nous douter de l'expérience incroyable
qui nous attendait.
À 2 kilomètres de la rive, par une trentaine de mètres de profondeur, nous
décidons de mettre nos lignes à l'eau même si les pêcheurs nous avait
affirmés que la pêche à la morue n'était pas bonne ce matin-là.
Histoire de pêche matinale
Le fleuve Saint-Laurent miroitait et, dès notre arrivée, un petit rorqual
commun vint souffler à seulement 100 mètres de notre canot de 5 mètres...
C'était tout un privilège d'admirer ce mammifère marin.
Lison raconte: "Ma ligne est à peine arrivée au fond que je capture
une première morue. Satisfaite de ma prise, je la relance aussitôt et Bruno en
fait autant. Quelques minutes à peine s'écoulent tranquillement lorsqu'on
aperçoit un petit requin de 1 mètre et demi nageant à la surface tout près
de nous. Puis un autre... Puis encore un autre! et plus on regardait, plus il y
en avait! On se lève pour mieux les compter. Nous commencions à nous agiter...
et eux aussi !"
Très rapidement je réalise que c'est exceptionnel d'en compter autant en un
seul banc. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'ils se soient approchés si
près de nous, à moins d'un mètre du bateau. Il y en a partout à la surface
de l'eau et tout autour de l'embarcation sur une distance d'environ 30 mètres
de diamètre.
Lison poursuit avec émotion: "Une sensation de panique m'envahit et
mes premières questions étaient de savoir pourquoi ils étaient là et
allaient-ils nous attaquer? On s'agitait dans le bateau, regardant de tous les
côtés car on apercevait les ailerons à la surface et sous l'eau aussi loin
que la visibilité ne le permettait, soit à environ 6 mètres de profondeur".
C'est alors que j'ai mis mes mains à l'eau et que j'en ai pris un par la
queue pour ensuite le déposer dans le bateau et, en quelques secondes, j'en ai
attrapé un autre. Les requins nageaient si lentement et si près de nous,
curieux nous regardant et restant là, nous dévoilant le charme de leurs
prouesses athlétiques. Ce sont de magnifiques bêtes, aux flancs brillants d'un
ton gris argenté. Ça s'est passé tellement vite et ma soeur criait. Elle
croyait à ce moment-là qu'on était attaqué.
"C'était impressionnant d'en voir autant à la surface. On nous
croira jamais", s'exclame Lison.
Nous sommes restés là environ une dizaine de minutes et le banc de requins
voyageait toujours autour de notre petite chaloupe.
Intrigué par la situation, je décide de retourner au havre pour aller
chercher mes appareils photos sous-marins et mon copain de plongée,
Claude-Alain Cloutier. Il faut photographier tout ça, l'occasion est trop
belle.
Natif de Mont Saint-Pierre, avec 10 années d'expérience en plongée
sous-marine en Gaspésie, j'ai acquis une bonne connaissance des fonds marins et
je n'ai cependant jamais aperçus autant de requins à la fois. Quelques vieux
pêcheurs du village m'ont pourtant déjà raconté avoir aperçu des requins en
si grand nombre tout en ajoutant que ce phénomène est très rare.
Une heure plus tard, en plongée
À peine retournés sur les lieux nous apercevons un autre banc de requins
qui nage au même endroit. Je plonge pour une petite inspection. Les requins
semblent s'éloigner, effrayés par le bruit ou par cet intrus plongeur dans
leur milieu.
Je remonte donc à la surface et demande à ma soeur d'amorcer le banc de
requin en jetant de la boëte (des morceaux de harengs) à l'eau pour qu'ils
reviennent près du bateau. Je suis conscient de la frénésie que cette
tactique peut provoquer. Je ne m'éloignerai pas ce l'échelle et, de toutes
façons, je connais le comportement de ces petits requins pour en avoir déjà
rencontré en plongée, bien qu'en nombre moindre qu'aujourd'hui.
Il ne suffit que de quelques minutes et les requins sont au rendez-vous.
Toujours craintifs, ils s'approchent peu à peu des plongeurs parce que les
appâts nous entourent.
Soudain, ils se sont mis à nous frôler d'un peu trop près. Il est même
possible de les attraper au passage sans faire trop d'efforts.
Il y en a un qui va jusqu'à mordre une des palmes de Claude-Alain. Tout se
passe si vite! Presqu'en même temps, un autre intrus lui mordille le bras. Pour
ma part, je me suis piqué la main en "tassant" un compère trop
aventureux. Ces petits requins (aiguillat commun) possèdent en effet une épine
acérée sur chacune de leurs 2 nageoires dorsales. Un surnom bien mérité.
Ouch !
Leurs morsures sont peu signifiantes. Comme s'ils "goûtaient" sans
mordre... Bref, tout reste sous contrôle et nous nous sommes amusés avec les
aiguillats durant une vingtaine de minutes. Ils continuaient sans cesse de se
goinfrer des appâts que Lison lançait à la mer. Mais en un instant. ils sont
tous disparu, même s'il y avait encore de la nourriture.
Finalement, on rapporta 4 petits "chiens de mer" au quai du village
pour appuyer notre histoire de pêche. Pour nous trois, ce fut une expérience
inoubliable et enrichissante !
Voir aussi dans Habitants de nos Eaux :
L'aiguillat commun de l'Atlantique
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L'AIGUILLAT COMMUN
Adulte, la femelle peut atteindre une longueur maximale de 120 cm, alors que
le mâle atteint une longueur maximale de 84 cm. Leur poids oscille entre 3 et 7
kilogrammes.
La migration printanière est déclenchée par la température de l'eau et
probablement aussi par la quête d'une source de nourriture plus abondante
disponible dans les eaux riches en substances nutritives.
En juillet, on les retrouve dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent.
Les jeunes se nourrissent presque exclusivement de méduses ou d'autres types
d'organismes planctoniques.
La durée de vie d'une femelle peut atteindre 40 ans et les mâles 35 ans.
Le foie du requin contient de l'huile riche en vitamine A.
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