Depuis 1982, la chambre hyperbare multiplace de l'Hôpital du Sacré-Coeur,
à Montréal, traite les plongeurs québécois souffrant d'un accident de
décompression. Depuis dix ans, le nombre de cas est demeuré relativement
stable, variant de deux à six, avec une moyenne annuelle de cinq. Comme on
évalue à12 000 environ le nombre de plongeurs actifs, cette statistique ne
semble pas exagérée. Elle demeure toutefois trop élevée, si l'on considère
les effets dramatiques et souvent irrémédiables de tels accidents.
La seule au Québec
Au
Canada, il existe quatre caissons hyperbares en milieu hospitalier, soit à
Vancouver, Toronto, Halifax et Montréal. Au Québec, on trouve plus d'une
dizaine de caissons monoplaces, souvent près des sites de constructions
maritimes ou subaquatiques puisque la Commission de Santé et Sécurité au
Travail (CSST) exige la présence de caissons à proximité des chantiers. Il
arrive donc que certains plongeurs souffrant d'accident de décompression soient
traités dans un monoplace avant leur arrivée à l'Hôpital du Sacré-Coeur. Le
Dr Marie Dugas, pneumologue responsable de la chambre hyperbare émet toutefois
certaines réserves à ce sujet "La plupart de ces caissons sont
opérés par des techniciens ne possédant pas de formation médicale. Or, avant
de commencer un traitement hyperbare, il est essentiel de poser avec précision
un diagnostic d'accident de décompression. Seul un médecin connaissant bien la
médecine hyperbare peut effectuer un long et complexe examen neurologique pour
poser un diagnostic éclairé. En cas d'accident à l'extérieur de la région
métropolitaine, il est donc impérieux de communiquer immédiatement avec
l'urgence hyperbare avant d'être traité en caisson monoplace. Le médecin de
garde pourra alors orienter le patient et, si nécessaire, dépêcher un avion
pressurisé qui l'emmènera rapidement et en toute sécurité jusqu'à Montréal."
D'autres usages
L'oxygénothérapie hyperbare. c'est-à-dire l'administration d'oxygène à
des pressions dépassant la pression atmosphérique, possède plusieurs
propriétés thérapeutiques. En fait, les plongeurs ne représentent qu'un
faible pourcentage des patients traités à l'Hôpital du Sacré-Coeur. C'est
ainsi que sept membres d'une famille, intoxiqués au monoxyde de carbone CO, à
cause d'une cheminée fissurée à la suite d'un tremblement de terre, ont
"plongé" pendant quelques heures dans le caisson de l'Hôpital du
Sacré-Coeur. En 1991, 158 patients ont été traités dont 135 pour
intoxication au monoxyde de carbone, en raison d'un incendie, de la
défectuosité d'un appareil au propane (réfrigérateur, chaufferette, poêle),
mais surtout suite à l'inhalation de gaz d'échappement d'un véhicule dans un
endroit mal ventilé. Certaines infections rares, l'embolie gazeuse et certaines
nécroses des os peuvent aussi bénéficier de l'hyperbarie.
Comme un sous-marin
La chambre hyperbare, au centre d'une grande pièce près de l'urgence,
ressemble un peu à un sous-marin sur le plancher des vaches, tout en rondeur,
avec ses lourdes portes d'acier, qui sont toutefois dépourvues de roues,
servant à les fermer puisque la seule pression intérieure les rend
parfaitement étanches.
Le caisson d'acier de deux mètres de diamètres et de 5,4 mètres de
longueur est conçu pour recevoir un maximum de sept patients. dont deux
alités. La chambre principale est équipée d'un respirateur et d'un
défibrillateur pour la réanimation cardiaque. Lorsque les patients sont en
relative bonne forme, ils demeurent assis et jouent aux cartes en compagnie de
l'infirmière qui les accompagne. Un petit sas permet au médecin à
l'extérieur de passer les médicaments, le café ou les rafraîchissements! Un
système d'Interphone, de vidéo et plusieurs hublots assurent la communication
entre les membres de l'équipe. Si un problème survient, le médecin peut
rejoindre le patient et l'infirmière par un sas adjacent à l'unité
principale.
La
chambre peut résister à une pression de 7 atmosphères (198 pieds de
profondeur), mais les traitements, basés sur les tables canadiennes de la DCIEM,
ne dépassent jamais 165 pieds. Un profondimètre pour la chambre principale et
un autre pour le sas assistés par quatre ordinateurs permettent une lecture
exacte des pressions. Étant donné le haut degré d'inflammabilité de
l'oxygène à des pressions élevées, des mesures très strictes sont prises
concernant l'équipement présent dans le caisson. C'est la raison pour laquelle
les personnes qui y pénètrent sont vêtues d'habits ignifuges sans fermetures
éclairs ni chaussures pour éviter les risques d'étincelles. Pour la même
raison, le système d'éclairage est situé et alimenté à l'extérieur de la
chambre; la lumière est transmise à l'intérieur par des fibres optiques.
Sous bonne garde
La chambre hyperbare est ouverte 24 heures sur 24. L'urgence peut donc
appeler en tout temps le médecin de garde qui quittera, au besoin, la chaleur
de ses draps pour se rendre auprès d'un patient. Au cours des traitements, un
médecin est donc toujours présent en plus de deux techniciens qui assurent le
fonctionnement de la chambre (la pressurisation. la descente, les paliers, la
remontée) et de deux infirmières de l'urgence ayant reçu une formation
particulière pour accompagner les patients lors de la "plongée".
Dans le cas de plongeurs victimes d'un accident de décompression, on descend
généralement à 60 pieds pendant 45 minutes durant lesquelles le patient
respire alternativement de l'oxygène pur et de l'air. Puis, un palier est
effectué à 30 pieds pendant 30 minutes avant de remonter progressivement à la
surface pour un temps de plongée total de 135 minutes (environ deux heures et
demi), Dans les cas graves, certains traitements peuvent durer jusqu'à six
heures. Si les symptômes persistent, on répétera le traitement les jours
suivants jusqu'au retour à la normale ou jusqu'à ce que l'état neurologique
ait atteint un plateau.
Des inconnues
Parmi la cinquantaine de plongeurs traités depuis 10 ans, plusieurs
n'avaient pas respecté les tables de décompression et avaient fait montre de
beaucoup de négligence. "Le comportement déficient des plongeurs leur
coûte trop souvent l'usage des jambes ou même des bras. Nous avons traité des
plongeurs qui arrivaient de voyage dans le Sud et qui en voulaient pour leur
argent. Certains plongeaient même le jour de l'envolée. D'autres
sous-estimaient les dangers de plongées répétitives en eaux froides en ne se
laissant aucune marge de sécurité. D'autres, enfin, avaient carrément
négligé de noter le profil de leurs plongées se fiant de façon indue à leur
ordinateur", témoigne le Dr Dugas.
Mais il observe également que des inconnues demeurent quant à certains
accidents de décompression. "Des plongeurs ressentaient des symptômes
au niveau cutané et articulatoire alors qu'ils avaient parfaitement suivi les
tables de décompression et même, pour certains. avec une marge de sécurité.
Dans ces cas. on peut attribuer, sans en avoir la certitude cependant, les
accidents à divers facteurs comme la mauvaise condition physique, I'embonpoint,
les efforts violents durant ou immédiatement après la plongée ou les
conditions de plongée difficiles dont l'eau froide. On ne peut alors répéter
une fois de plus aux plongeurs qu'ils pratiquent un sport à risque et que la
prudence est non seulement de mise, mais de rigueur", de conclure le Dr
Dugas.
L'accident de décompression
Il y a souvent confusion dans les termes utilisés pour parler de l'accident
de décompression. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a accident de
décompression lorsque les gaz accumulés dans les tissus, en particulier
l'azote, forment des bulles dans le système sanguin et dans les organes d'un
plongeur au cours de la remontée vers la surface.
Il y a trois formes principales d'accident de décompression:
Cutanée: démangeaison localisée ou généralisée (sensation de puces,
boursouflures ou rougeurs);
Articulaire: celle qu'on appelle communément "Bends". Douleur
vive au niveau des grosses articulations (épaule, genou, coude, hanche);
Neurologique: le plus souvent de forme médullaire (atteinte à la moelle
épinière).
Les manifestations de ce genre d'accident sont extrêmement variées. On doit
subir un examen neurologique complet. Les symptômes permettant de l'identifier
sont notamment:
- une faiblesse ou une inhabileté au moment d'utiliser les bras et les
jambes (paralysie);
- un problème de rétention urinaire ou d'incontinence;
- une absence de réflexes.
Dans la très grande majorité des cas, les symptômes se manifestent dans
les minutes ou les heures qui suivent la remontée. Exceptionnellement, les
symptômes apparaissent après six heures, mais toujours avant 24 heures.
La forme cutanée ne nécessite pas de traitement en chambre hyperbare, mais
ne doit cependant pas être prise à la légère puisqu'elle peut évoluer vers
une forme plus sérieuse. On doit donc, dès les premiers symptômes,
communiquer avec un centre hyperbare.
Les formes articulaires et neurologiques doivent être traitées
immédiatement. Parmi les conséquences les plus graves de l'accident de
décompression, mentionnons la paraplégie (paralysie des membres inférieurs),
la quadriplégie (paralysie des quatre membres) et la ... mort.