Ça été plus fort que moi, il fallait que je vous en
parle! Le syndrome des "Jos Associations" c'est-à-dire "des
ti-casses qui connaissent ça la plongée!" Êtes-vous déjà allé dans le
Sud? Avez-vous déjà plongé dans des bases de plongée? Si vous avez répondu
oui à ces deux questions, alors vous avez sûrement rencontré ces heureux
personnages. Ils sont très faciles à reconnaître.
Ils débarquent de l’avion avec leur casquette colorée
"fluo" portant les lettres de leur association favorite et leur
lunette-miroir. D'une main, ils transportent leur gros sac d'équipement
(identifié lui aussi à cette association) et de l'autre, vous l'aurez deviné,
leur bouteille de bière rouge et blanche. Ça y est, on est en affaires!",
les vacances débutent!
Le party s'amorce réellement quand notre héros effectue
sa plongée de qualification. Là on en voit de toutes les couleurs... En habit
d'eau chaude ou tout nu avec ses 18 livres de plombs (!), il saute à l'eau en
utilisant une entrée de style non-répertorié... Après ce splash fulgurant,
notre héros se retrouve au fond (pas le choix avec tout ce plomb). Toujours
calme et impassible, question de bien impressionner les tuiles du fond de la
piscine, notre héros s'installe pour débuter les exercices demandés.
Premier exercice, le vidage du masque. Allons-y pas de
panique, les tuiles nous regardent! Cet exercice difficile étant généralement
bien réussi (ouf!), nous passons au deuxième: tentative de respiration
copain-copain (Buddy breathing). C'est alors que les raisons inévitables et
traditionnelles surgissent: Il a pris trois respirations au lieu de
deux...", "il n'était pas sur le bon bord...", "Sa hose est
pas assez longue!" enfin... On se prépare psychologiquement pour le
troisième et dernier exercice: le gonflement du compensateur en surface sans
gonfleur mécanique. Oh là! là! mes amis wow! Ça finit toujours de deux
façons: soit par un divorce (d'avec la plongée) ou par une pratique de
sauvetage. On en rit car au fond (en surface aussi) on est pas de même, nous
autres!
Après huit années d'expérience comme moniteur de la
NAUI, je suis toujours aussi stupéfait et déçu de voir à quel point les
plongeurs et plongeuses ne se maintiennent pas en forme, autant psychologique
que physiologique. Les gens se fixent comme but ultime d'être certifiés
débutants. Une fois cela atteint, ils arrêtent de lire et de s'entraîner. Je
ne parle pas ici de suivre des cours avancés mais bien de maintenir à date ses
performances et les techniques apprises lors du cours de débutants.
Un test a été effectué aux États-Unis. Des moniteurs
ont fait passer un court examen de trois questions à mille plongeurs
nouvellement certifiés (depuis un an minimum). Plus de 75% ont échoué le
test. Ce qui veut dire qu'à votre prochain voyage de plongée, 3 plongeurs sur
4 de votre groupe ne sauront pas quoi faire en cas d'accident de décompression
et pire encore, ils ne pourront même pas identifier le problème. Très
rassurant!
Oh, j'anticipe d'ici vos commentaires, "il
exagère", "des accidents ça arrive juste aux autres", je ne
plonge pas assez pour voir cela"! "Il n'est pas juste question de
sauvetage mais aussi de technique".
Retournons à notre "Ti-casse national" qui se
retrouve enfin sur le pont du bateau de plongée. Il sort de son immense sac un
compensateur-veston emprunté d'un de ses copains. Tout en regardant si personne
ne le regarde, (bien paraître dans le sport est si important: l'image de
soi...), il monte le compensateur à l'envers, mais attention, pas sur le
mauvais côté de la bouteille mais bien à l'envers, c'est-à-dire la ceinture
ventrale vers le haut et les courroies d'épaules vers le bas. Nouvelle
technique bien sûr!" Question de bien mêler le tout, il monte son
détendeur "à l'envers". Mais attendez, la surprise finale n'est pas
arrivée.
Il n'a pas encore ouvert sa bouteille. Une recherche de
quelques minutes lui permet de trouver le sens d'ouverture de l'air et... BANG!
Voilà le boyau de compensateur qui s'envole à la Challenger! Quoi? Il y a des
sorties de haute et de basse pression? "Qu'o cé ça?"
Ça y est. J'vous entends! Il exagère! Et bien non, ces
derniers exploits ont été notés par des chefs de plongée ou par moi-même
lors de nos nombreux voyages au Québec ou à l'étranger. Imaginez, on n'est
pas sautés à l'eau encore et tout saute! Le maître-de-plongée doit faire des
ulcères...
Une fois sa "steppette" dans la grande mare
effectuée, "Ti-casse" revide son masque (car il ne l'a pas tenu au
cours de son plouf magistral) et coule à pic au fond (110 pieds, vous vous
souvenez des 18 livres de plombs?). Il pense à équilibrer ses oreilles car
cela fait drôlement mal. Il se dépose au fond comme un 747 atterrissant sur
une piste recouverte d'oeufs. Le guide, un peu tendu (on le serait à moins),
lui saute dessus et le remonte en surface à près de 5 pieds à la seconde et
lui montre le bouton jaune du compensateur: "Ah, mais ça se gonfle tout
seul?" Inutile de vous dire que sa première plongée depuis trois ans sera
mémorable.
"Ti-casse" n'a pas eu de crampe, son copain n'a
pas manqué d'air et heureusement personne n'a été blessé. Cependant tous et
toutes souffrent à cause de ce genre de plongeurs. Les plongeurs, les chefs de
plongée et moniteurs, la faune et la flore, la réputation du sport par
lui-même. Lisez le National Geographic (plus d'un million de lecteurs
amants de la nature) traitant du parc Pennekamp en Floride et voyez par
vous-même la réputation faite aux plongeurs.
Allez, réveillez-vous, sortez de votre coquille, allez à
votre piscine et pratiquez les techniques apprises durant votre cours de
débutants telles manipulation du compensateur, sauvetage, palmage, techniques
de manque d'air côte à côte. Ben oui "Ti-casse", cela se fait de côte
à côte maintenant. Depuis quand? Depuis qu'on utilise des détendeurs à un
boyau!
J'espère que vous êtes pas de même !
Richard Nantais
Moniteur NAUI #IT 6662L
(1) N.d.l.r.: plongeur-sandwich: amateur passionné
de plongée qui répond plus facilement aux tactiques de renforcement de la
fidélité de certains promoteurs qu'aux consignes de sécurité qu'on a tenté
de lui enseigner. Analogie avec l'homme-sandwich, personne employée ou payée
pour diffuser une publicité.
N.d.l.r. Merci
Richard, ton humour réveillerait un mort!
Ben non "on n'est pas d'même" mais on en connaît quelques-uns de ces
loustics. Et on en souffre pour eux et de la mauvaise réputation de notre sport
dans le public: "Red-necks, têtes-brûlées, kamikazes, égo-trippeux",
alors que la plongée est un sport d'être et non d'avoir. Trop de plongeurs
sont capables de nommer toutes les marques et équipements par leur petit nom,
(et numéro du catalogue), trop peu sont capables d'identifier à peine une
dizaine d’espèces de poissons. Bref Richard, tu choques mais tu frappes
juste.
J'espère qu'on nous écrira pour nous en conter "des
pires" ou des "plus drôles" ou tout simplement pour nous
rassurer qu’ « on n'est pas d'même »....
La rédaction