Depuis
plus de vingt ans, des plongeurs des quatre coins du globe affluent aux Antilles
pour admirer les récifs et la richesse marine. Cozumel, notamment, l'un des
sites de plongée les plus anciens et les plus fréquentés, soulève tous les
ans l'admiration de milliers de plongeurs sous-marins.
Essayez maintenant d'imaginer un site de plongée libre de toute pollution,
les plongeurs y ayant accès depuis 1978 seulement. Introuvable dites-vous ?
Erreur ! L'Île des Pins (Île de la Jeunesse), à Cuba, est effectivement
ouverte au monde de la plongée sportive depuis cinq ans, et seulement quelques
aventureux plongeurs ont eu la chance de visiter cette nouvelle région de
récif de corail. La côte cubaine s'étend sur 3 500 kilomètres de long
et jusqu'à présent, seule une petite section a été explorée.
L'Anse Française ou Caleta Frances, est l'une des régions les plus
chaudes pour les "wet set". Elle doit son nom au fameux pirate
français François Leclerci qui dévasta littéralement la zone côtière en y
faisant sombrer des centaines de vaisseaux qui, d'ailleurs, s'y trouvent
toujours.
Véritable rêve pour les chasseurs de trésors, l'Île des Pins ne cache pas
seulement de fabuleux récifs encore vierges, mais aussi des millions en or et
en argent, attendant d'être récupérés par des plongeurs du Gouvernement.
L'agence Unitours de Toronto organise des visites touristiques
intéressantes abordables à l'Île des Pins pour de petits groupes de vingt ou
moins. Le site de plongée, d'un rayon de quarante kilomètres, se trouve à
l'endroit le plus pur de la mer des Caraïbes. C'est d'ailleurs en ces termes
qu'en parlent les Italiens.
Les eaux territoriales de Cuba longent le récif continental, vis-à-vis
Grand Cayman et à environ 240 kilomètres d'autres sites reconnus parmi les
plus beaux. On peut y apprécier la beauté et la richesse géologique de cette
région. En voyageant par Air Canada, on descend à l'aéroport international de
La Havane, et on passe habituellement une nuit dans l'un des nombreux hôtels de
classe B du centre-ville. Il ne faut évidemment pas s'attendre à trouver les
commodités des Holiday lnns américains... Lorsqu'on me demande mon avis sur
Cuba, je réponds habituellement que c'est l'occasion de vivre une expérience
sociale unique mais qu'il faut être prêt à absorber un certain choc culturel.
La vie a bien peu changé à Cuba depuis la révolution de 1959. Les
automobiles, la mode, les hôtels, reflètent tous les gloires du passé; on se
croirait dans les années 1960. Du point de vue historique, la vieille section
de La Havane constitue la partie la plus intéressante de la visite touristique.
On peut y voir des châteaux vieux de quatre cents ans, décorés de sculptures
et d'oeuvres d'art espagnoles. Et si votre programme et le temps dont vous
disposez le permettent, ne manquez pas d'assister à un spectacle du Tropicana.
On dirait presque un extrait de Disneyworld, des centaines de charmantes
danseuses s'exécutent dans une véritable féerie de formes et de couleurs.
Le sommeil devient tout à fait secondaire à Cuba; il y a tant à voir et à
faire! Même à deux heures du matin, il n'est pas rare de rencontrer des
milliers de touristes flânant dans les bars au son de la musique
latino-américaine, errant d'une taverne à l'autre sans crainte des mauvaises
rencontres. En fait, les touristes, en particulier les Canadiens, sont traités
avec respect.
La journée débute à six heures. Après un déjeuner rapide, on se prépare
pour un petit "tour du propriétaire" à l'île des Pins,
complètement isolée, à 160 kilomètres au sud-ouest de Cuba. De l'aéroport,
le transport en avion ne dure que cinquante minutes. Les voyageurs sont ensuite
priés de monter à bord d'un autobus Pegasus - de construction
soviétique - pour une balade dans l'île.
Des
âcres de pamplemoussiers et de canne à sucre bordent la route sinueuse qui
escalade la montagne. On remarque, chemin faisant, bon nombre d'écoles
élémentaires, d'où l'appellation "Île de la Jeunesse",
utilisée aussi couramment. L'isolement total des lieux frappe particulièrement
lorsqu'on arrive à l'hôtel El Colony. De l'allure classique des années
1960, l'hôtel El Colony possède, réparties sur deux étages, 90
chambres de grandeur convenable, munies de salles de bains modernes. En outre,
le terrain est fort bien entretenu et les activités sportives qu'on peut y
pratiquer sont très variées. Fait étonnant, cependant, l'hôtel n'offrait pas
de service de porteurs à l'époque où nous sommes allés. C'est ainsi que nous
nous sommes retrouvés à faire chaque jour la navette ente le site de plongée
et l'hôtel, transportant l'équipement des vingt plongeurs que nous étions...
À cet endroit, la mer est plutôt calme, l'anse étant située à un endroit
assez bien protégé. Beaucoup de voiliers et de planches à voile, pilotés par
des européens, voguaient sur les eaux cristallines tandis qu'un groupe de
touristes allemands s'amusaient dans les eaux peu profondes, à bord
d'embarcations louées sur les lieux. Le silence général qui règne là-bas
impressionne grandement: aucun bruit d'usine ou de véhicule ne vient troubler
le calme des nuits étoilées.
Le déjeuner, toujours de style buffet et capable de satisfaire même les
plus fins palais, est servi à sept heures. Et chaque jour, les touristes
peuvent avaler une quantité incroyable de jus et de fruits frais.
Une "flotte' d'autobus nous attend au bord de l'eau pour nous conduire
vers les quais locaux où nous montons à bord d'un bateau de plongée de 19
mètres. Après une balade de dix minutes, on choisit son embarcation pour la
semaine. Un autre jour, d'une heure et demie celui-là, à sept noeuds, permet
à chacun de relaxer et de s'imprégner des rayons du soleil. À bord de chaque
bateau se trouvent cinq plongeurs-guides certifiés par la CMAS et ayant subi un
entraînement naval. Le programme de la journée consiste en deux plongées
autonomes suivies d'une période de deux heures pour dîner et d'un après-midi
réservé à la plongée en apnée.
L'équipement utilisé est de conception française, et malheureusement, les
harnais retenant la bouteille ne possèdent pas de courroies à la taille; on
recommande donc aux plongeurs d'apporter leur propre ceinture de lest, sans les
plombs. De toute façon, il est presque toujours préférable, lors d'un voyage
de plongée à l'étranger, d'avoir ses propres accessoires d'appoint.
Seize points de plongée bien indiqués s'échelonnent sur une distance de
six kilomètres. Cette région présente un intérêt certain pour les
photographes et les amateurs de vie marine. Un abysse vertical de 610 mètres
constitue le point de plongée le plus profond et offre l'une des plus belles
variétés d'éponge qu'il m'ait été donné de voir. L'absence total de vie,
dans un rayon de quarante kilomètres autour du récif, a permis au corail de se
développer de façon extraordinaire, faisant place à des colonies massives aux
formes; les plus diverses. À trente mètres de profondeur, on peut voir, à
quarante-six mètres à la ronde, maintes espèces de gros poissons pélagiques
et de mérous gourmands, dissimulés dans leurs trous, La pêche est d'ailleurs
interdite dans le récif depuis une vingtaine d'années, grâce à
l'intervention de Castro qui avait lui-même exploré les lieux il y a très
longtemps. Partout, on rencontre des arbres de corail noir, de treize
centimètres de diamètre et pouvant atteindre jusqu'à trois mètres de
hauteur: un spectacle impressionnant, typique des sites de plongée tropicaux.
On peut aussi y voir des grottes profondes commençant à quatorze mètres et se
terminant à trente-sept mètres de profondeur, qui rappellent celles de Grand
Cayman. Ces grottes offrent entre vingt et un et trente mètres d'exploration en
toute sécurité. Par ailleurs, bon nombre d'ente nous ont constaté qu'il
était possible de plonger sûrement jusqu'à trente huit mètres durant
quelques minutes et de passer le reste du temps dans les eaux peu profondes, le
long de la partie supérieure du mur, ce qui donne cinq minutes de
décompression à la fin de chaque plongée.
Très peu d'îles possèdent des poissons tropicaux aussi variés et nombreux
que ceux que l'on retrouve à Caleta Frances. Outre les récifs, l'île
des Pins de Cuba offre également des possibilités de plongée dans des épaves
en eau peu profonde. Six épaves sont réparties en deux zones, dont l'une sert
aux exercices de tir et de bombardement. Ces épaves ont tout ce qu'il faut pour
plaire aux plongeurs canadiens, des eaux peu profondes aux excursions sûres.
D'ailleurs, beaucoup d'entre nous ont préféré les épaves aux récifs en
raison de la variété incroyable de débris à voir. J'ai compté au moins
vingt hublots encore fixés aux navires échoués; de plus, les salles des
machines sont encore complètes. Il y a aussi Lola, un barracuda de 1,5
mètres, qui règne sur l'une des épaves avec ses rejetons. Ils acceptent
volontiers la nourriture que leur offrent les guides au creux de leurs mains en
dépit d'un malheureux hameçon de huit centimètres qui sort de la mâchoire
gauche de Lola… Je vous laisse le soin d'écrire vous-même le reste de
l'histoire une fois que vous aurez visité Cuba… À un dollar seulement le
drink exotique, un petit recul historique ne peut qu'être agréable...