Plonger sur l'épave du charbonnier
Henry C. Daryaw représente une
véritable plongée avancée du fait des courants, de sa profondeur, de la
visibilité et de la température de l'eau.
L'épave du
Henry C. Daryaw repose dans 90 pieds d'eau, à 100 pieds
du rivage. L'eau du fleuve, déplacée par un courant de 2,5 noeuds, est sombre
et froide. Comme le Lillie Parsons, l'épave est renversée au fond: tout
un défi pour les plongeurs. Il faut faire des plans de plongée et les suivre
à la lettre. On ne doit jamais quitter les lignes d'amarre. Le tout requiert
une préparation minutieuse. Mike et son copain Dave avaient déjà plongé sur
l'épave afin de faire une reconnaissance des lieux pour permettre de mieux la
photographier.
Le plan d'action était le suivant : temps de fond de 20 minutes avec un
arrêt de décompression de 4 minutes. Puisqu'il s'agissait d'une séance de
photo, il n'avait pas été prévu d'entrer dans l'épave. J'étais responsable
de chronométrer le temps de fond des deux plongeurs et de prévenir la garde
côtière en cas de signe de détresse. Un autre groupe de plongeurs, posté sur
un second bateau, nous assistaient. Notre embarcation était amarrée sur la
première ligne qui mène à la poupe de l'épave, tout près de la
superstructure principale et des hélices. De là, on peut voir une autre ligne
qui dirige le plongeur, en toute sécurité, à la superstructure principale du
navire. Le second bateau était amarré à l'amarre qui mène au gouvernail.
La superstructure supporte l'arrière du bateau, tandis que la proue repose
sur le haut-fond. Cela laisse un espace de 10 pieds sous lequel les plongeurs
peuvent passer. Plusieurs plongeurs s'en servent pour se rendre sur le pont de
l'épave qui devient plafond, ou encore, le plafond de l'épave devient
plancher...
Mike et Dave ont respecté leur plan de plongée. Ils ont trouvé que
l'épave était en très bon état, mais que le courant, ce jour-là, était
assez fort, merci! Le plus difficile au dire de Mike a été la descente avec
l'équipement photo. Dave et Mike se souvenaient d'avoir vu les ancres du navire
lors de précédentes plongées. Mais elles n'y sont plus. Voilà donc un vieux
problème qui refait surface : les pilleurs d'épaves! Toutefois, les échelles
sont encore là, utilisées par les poissons qui y ont fait leur demeure. On
peut voir des éviers brisés par l'impact du naufrage ainsi que des tasses et
des assiettes reposant ici et là parmi les débris. Des hublots donnent sur des
espaces lugubres. Des garde-fous ne protègent plus personne. Un treuil y est
immobilisé par la rouille et l'oisiveté. Dans tout ce charivari, Mike a cru,
l'instant d'une seconde, ressentir les premiers signes d'une narcose. Mais en se
concentrant quelques instants, il remit les images en place: le bas en haut et
le haut en bas!
Mike déconseille fortement de plonger sur la coque. Après tout, le plus
intéressant est sous le pont. Jusqu'à maintenant, l'indice de sécurité de
cette épave est excellent. Il est toutefois essentiel de dresser un plan de
plongée détaillé et de le suivre minutieusement. Selon Dave, l'eau était
plus froide et plus turbulente que d'habitude. Ni l'un ni l'autre n'ont vu la
cargaison de charbon. On suppose que la cargaison pourrait reposer sur le fond,
en profondeur, à la suite de l'impact.
La tragédie
C'était le vendredi 21 novembre 1941. Le bateau (230' X 35' X 16'), avec à
son bord une équipe d'expérience, partait de Kingston en Ontario à
destination de Montréal et il transportait une cargaison de 1,200 tonnes de
charbon. Peu après quatre heures du matin, à environ neuf kilomètres de
Brockville, le Henry C. Daryaw frappa un haut-fond. Le capitaine ordonna
immédiatement la marche-arrière des moteurs, mais le charbonnier glissa du
haut-fond et le poids de son chargement le fit couler rapidement. Les gens, de
la rive, pouvaient apercevoir clairement sa superstructure, mais personne n'a pu
aider les membres de l'équipage en détresse. Plusieurs d'entre eux ont réussi
à se rendre au rivage en nageant dans les eaux glacées de la rivière,
d'autres grâce aux embarcations de sauvetage. Seulement un membre de l'équipe
est décédé dans la tragédie.
Ben Garrah aurait péri après avoir sauvé la vie d'Henry Chauncey Daryaw,
un officier en second, et d'un autre co-équipier. Il se serait ensuite rendu à
la chambre des moteurs pour les éteindre, mais n'y serait pas parvenu au milieu
de la panique générale.
Pour vous joindre à une expédition
Plusieurs clubs locaux organisent des expéditions au Daryaw, dont Bottom
Timers, Ottawa Seaway Valley ainsi que des boutiques comme Ron's Scuba Shop à
Cornwall en Ontario.
À la prochaine, et soyez prudent, nous voulons garder en santé nos fidèles
lecteurs.