LA PLONGÉE AU QUÉBEC, C'EST
L'AVENTURE
Imaginez vos premières plongées dans le lac
ou la rivière que vous fréquentez depuis toujours... ou sur un des épaves
qui gisent au fond du Richelieu... ou autour du Rocher Percé... puis un
jour tout d'un coup c'est l'AVENTURE: avec votre copain de plongée ou votre
club vous vous retrouvez à bord d'un "charter" de plongée sur le
SAGUENAY!
Spectaculaire en surface, le panorama est à
vous couper le souffle, mais pas tout à fait tout de même car dans un
instant vous serez sous les eaux à découvrir ce que bien peu connaissent:
les mystères sous-marins du SAGUENAY.
Il est encore possible de plonger en
"eaux vierges" au Québec.
Après
avoir traversé une eau brunâtre et relativement chaude, j'ai soudain
l'impression de pénétrer dans le monde des ténèbres. Par 10 mètres de fond,
l'eau devient brusquement beaucoup plus froide et salée. Après plusieurs
minutes, je n'arrive toujours pas à distinguer la silhouette de mon copain de
plongée sans utiliser ma lampe sous-marine. Un déclic, et elle s'allume. La
visibilité, grâce à cet éclairage artificiel, est meilleure que je ne
l'aurais cru, soit d'environ 8 mètres. Les animaux marins sont omniprésents et
innombrables malgré la nuit éternelle qui règne sous les flots de la rivière
Saguenay.
S'étalant sur une distance de 88 km entre
Tadoussac et Saint-Fulgence, notre trajet offre des panoramas spectaculaires
parsemés de magnifiques vallées et de falaises à vous couper le souffle.
Formé par surcreusement glaciaire, le Saguenay a acquis son visage actuel lors
de la dernière période glaciaire, il y a 10 000 ans. Caractérisé par une
embouchure peu profonde, limitant la pénétration de l'eau de mer dans les
grandes profondeurs de ses bassins, le Saguenay est le seul authentique fjord
québécois, et l'un des plus accessibles et majestueux de l'Est de l'Amérique
du Nord.
En
surface, une nappe d'eau douce d'une épaisseur moyenne de 10 à 20 mètres,
coule vers l'estuaire du St-Laurent à un débit de 1770 mètres-cubes/ seconde.
Cette eau brunâtre, presque opaque est chargée de sédiments provenant d'un
bassin hydrographique couvrant 88 000 km2. D'une température moyenne
de 11 degrés Celsius, cette eau douce ou saumâtre est responsable de l'absence
de lumière en profondeur. Chargée de tanin et riche en minéraux de toutes
sortes, elle favorise l'éclosion explosive d'une flore microscopique qui capte
et diffuse les rayons solaires. Toutefois une telle abondance de matière
organique soutient une fauve planctonique et benthique remarquable par sa
diversité et son "ésotérisme".
Sous cette nappe d'eau douce, une eau salée d'une épaisseur moyenne de 200
mètres, abrite en effet une vie marine d'une grande diversité. Avec une
température n'y dépassant jamais les 2 degrés Celsius, de grandes similitudes
avec les eaux arctiques y aurait été observées. Plusieurs espèces animales
vivant dans le Saguenay ne se retrouvent normalement qu'à des latitudes
beaucoup plus nordiques et sont absentes dans le St-Laurent.
Signalons
par exemple, une étoile de mer appelée Ophiurus articus et un vers
marin, le Nereis zonata. Plusieurs poissons, tel que l'agone atlantique,
le saida, la lycode rubanée, l'unernak, la tricone arctique et le flétan du
Groenland y auraient aussi été observés.
C'est à bord de l'Aurélie, un bateau de plongée de 14 mètres, que j'ai
effectué mes premières plongées dans la rivière Saguenay. Son capitaine,
Claude Grenier, y organise des voyages de plongée depuis maintenant deux ans.
Il accueille ses invités au quai de Rivière-du-Loup le vendredi en soirée et
aussitôt le dernier passager embarqué, il met le cap sur Tadoussac.
En août dernier, nous avons donc pris un tel départ de Rivière-du-Loup après
à peine plus de 4 heures de route de Montréal. La traversée fut plaisante et
accompagnée d'un magnifique couché de soleil. Une fois la nuit tombée, je me
suis familiarisé avec le maniement du radar en essayant d'identifier certains
amers de la côte, et, à partir de la carte marine, de situer notre position.
N'ayez crainte, ce n'est pas moi qui indiquait le chemin au pilote, Claude
connaît très bien la traversée pour l’avoir fait plusieurs dizaines de fois
auparavant. Trois heures plus tard nous accostions au quai de Tadoussac.
Après un copieux déjeuner, le capitaine nous a indiqué à l'aide d'une carte
marine où nous allions plonger. Une fois informé du plan de plongée, je me
suis affairé à la préparation de mes caméras sous-marines pendant que Claude
et les autres membres de l'équipage amorçaient les manoeuvres afin de quitter
le quai du havre de Tadoussac.
Durant
la journée du samedi nous avons effectué trois plongées. La première était
à l'Anse à la Barque, non loin de Tadoussac et les deux autres, à la
Pointe-aux-Crêpes, près de Sacré-Coeur. Dans les deux cas, nous avions à
traverser 8 à 10 mètres d'eau douce, relativement chaude et brunâtre. Une
fois passé ce cap, nous étions dans une eau beaucoup plus froide et salée.
Sans lampe sous-marine c'était aussi noir qu'une nuit sans lune en pleine
forêt. Nous devions donc planifier toutes nos plongées comme des plongées de
nuit.
Dès la première plongée, j'ai pu observer une vie marine des plus
diversifiée: éponges, oursins, étoiles de mer, concombres de mer, moules,
buccins, nudibranches et quelques poissons tel que chaboisseaux et poules de
mer.
Le lendemain nous n'avons fait qu'une seule plongée à La Pointe à
Passe-Pierre. Sur ce site, repose l'épave d'un voilier dont le nom nous est
demeuré inconnu. Elle est dans un état assez lamentable mais complètement
recouverte de vie marine.
Le dimanche après-midi nous avons opté pour l'observation des baleines. Nous
avons donc rangé nos équipements de plongées afin de les remplacer par des
jumelles et caméras longue-portées.
C'est la rencontre des eaux douces et relativement chaudes du Saguenay, avec les
eaux beaucoup plus froides et salées du St-Laurent qui cause une prolifération
de vie marine à son embouchure. La présence d'une telle quantité de
nourriture attire les baleines en grand nombre tout au long de l'été.
Notre retour s'est donc effectué en côtoyant les bélugas, petits rorquals et
rorquals communs. Au milieu de la traversée j'ai eu envie de terminer le
séjour par une petite sieste, bien enveloppé dans mon sac de couchage, bien
confortablement allongé sur le devant du bateau. Ah! que la vie est dure à
bord de l'Aurélie...
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