Les endroits sur la planète où l'on peut vivre l'expérience d'explorateur
sont extrêmement rares. L'homme a foulé tous les continents. Il est donc
étonnant de découvrir les régions où ses traces ne se sont pas encore
manifestées.
"Il n'y a plus de 300 kilomètres de littoral ici, mais à peine deux
kilomètres ont été systématiquement explorés. De quoi faire des
découvertes pendant des vies entières !"
C'est Allan Baskin propriétaire du centre de plongée Baskin in the
Sun,
qui parle. Ce centre est niché dans une petite anse pittoresque près de la
Pointe Paturon, sur la Gonave, à 45 min. de Port-au-Prince, en Haïti. Baskin
évoque la splendeur encore originale des eaux du Golfe de la Gonave où les
bancs de coraux sont encore miraculeusement intacts. Baskin est là depuis 8 ans
et fait bon ménage, d'ailleurs avec le club Kaliko.
Ce village-hôtel est situé sur une propriété de 70,000 mètres carrés
dont 600 mètres de plage. Plusieurs activités sportives et culturelles y sont
offertes faisant de cette station balnéaire un excellent complément pour une
vacance de plongée. Le complexe est disposé en un village de huttes coiffées
du toit en chaume caractéristique de l'architecture locale. Les chambres sont
spacieuses et offrent un isolement apprécié. Certaines huttes regroupent deux
chambres et puisque l'hôtel est très fréquenté des familles, il serait bon
de spécifier lors des réservations, que vous voulez une chambre simple.
La cuisine est excellente. Les équipements de tennis, volley-ball et de
planches à voile, gratuits pour les clients de l'hôtel, sont facilement
disponibles et en bonnes conditions.
La journée typique du plongeur-vacancier commence à 8 heures au petit
déjeuner. Pendant qu'on se gorge de fruits frais, de pains au maniok et de
"memba" (sorte de beurre d'arachide épicé), Allan Baskin et son
équipe s'affairent sur le catamaran de plongée, "Tap Tap la mer".
Votre équipement étiqueté la veille et placé dans un sac portant votre nom
est soigneusement rangé a bord. Baskin peut équiper une vingtaine de plongeurs
de la tête au pied.
On a prévu les bévues. Grâce à "l'idiot bag", Baskin peut
dépanner les plus égarés.
Le départ se fait précisément à 9h30. Les bouteilles sont logées dans
une enclave spéciale à bord. Le "Tap Tap" fait 25 m. de long et 6 de
large, avec une toilette et une plate-forme supérieure pour les bains de
soleil.
L'excursion est courte. Baskin n'est jamais a plus d'une heure d'un site de
plongée. "Cette proximité aux différents mouillages est un avantage
capital sur les autres centres de plongée des mers du sud", estime
Arthur Travers, président de Poseidon Adventure Tours, qui sait de quoi
il parle. Venu en Haïti pour évaluer l'entreprise de Baskin, M. Travers
démontre d'ailleurs aimer ce qu'il voit. Ayant plongé un peu partout à
travers le monde, il croit que les 27 sites reconnus par Baskin jusqu'ici
comptent parmi les meilleurs au monde.
Il n'est pas seul à tenir cette opinion. Dans son édition de juillet 1983,
le magazine américain Undercurrent, sorte de Guide Michelin de la
plongée, accordait au centre Baskin in the
Sun, 4 étoiles et demie à
un demi-point de la perfection.
Une seule plongée suffit pour s'en convaincre. Eva's Garden, dans la
petite archipel des Arcadins, en est un bon exemple. La visibilité le matin de
notre plongée était "passable" seulement. Elle s'établit entre 25
et 30 m. Selon Baskin, la visibilité moyenne est normalement d'une cinquantaine
de mètres et ce, partout le long de la côte.
Quant à la température de l'eau, elle oscille entre 22 et 27 degrés C. Il
suffit d'un petit chandail pour être à l'abri des frissons par 30 mètres de
fond! et ainsi, apprécier toute la liberté que procure une eau aussi
confortable et limpide !
Le nombre de coraux épatent le plongeur. J'en ai compté plus d'une dizaine
de variétés au cours d'une seule plongée. Ici, la splendeur primordiale de la
nature reste éternelle. Les amateurs de souvenirs, ennemis mortels du corail,
n'ont pas encore envahit la région, et s'il n'en tient qu'à Allan Baskin, il
ne se montreront jamais.
"Je cumule les emplois de guide et d'agent de conservation et je suis
loin de me plaindre. Tout plongeur qui retire, ne serait ce qu'une parcelle de
vie de ces eaux, est passible d'une amende de $5,000 et d'un an de prison!
L'amende est endurable mais laissez-moi vous dire qu'un an de prison haïtienne,
ce n'est vraiment pas gai !"
L'abondance d'éponge contribue, avec les coraux, à entretenir une faune
populeuse et diversifiée. C'est ici, par plus de 50 m. qu'on observe la plus
grosse éponge existante. Elle fait plus de 5 m. de largeur et quelques 3 m. de
hauteur !
Les poissons aux formes bigarrées et aux couleurs éclatantes, se disputent
l'attention de l'explorateur. Les civelles à tête bleue affrontent bravement
l'intrus qui ose déranger leur domaine.
Plus loin, un holocentridé se croit bien à l'abri, caché sous un recoin
dans le corail. Mais son corps orange, ses nageoires jaunes et surtout sa
nageoire dorsale hérissée couleur d'argent, le trahissent à coup sûr.
Des
habitants plus imposants font, occasionnellement, leur apparition. Pendant une
plongée, un Aigle de mer, espèce de la famille des mantes qui atteint
normalement une largeur de 3 à 4 m., nous a surveillés à distance tout en
offrant un spectacle dont la grâce trouve peu d'égal dans la nature. Au large
de l'île de la Gonave, c'est un grand Barracuda qui est venu nous saluer. Pour
les amateurs d'émotions fortes, une déception, les requins n'abondent pas dans
les eaux du Golfe de la Gonave. La température de l'eau y est trop élevée et
les requins supportent mal la chaleur, semble-t-il.
Cela ne veut pas dire qu'on peut s'aventurer ici impunément. D'autres
avaries guettent le plongeur insouciant, légères mais tout de même à
surveiller. Deux espèces différentes de coraux irritants habitent cette
région. Ils sont facilement reconnaissables à leur couleur doré et leur
forme. Un offre un développement en carré, alors que l'autre évoque
étrangement le cactus.
L'éponge de feu est aussi à proscrire. Sa couleur rouge et très vive
annonce sa nature malveillante. Quant aux oursins et aux méduses, ils sont
suffisamment connus des plongeurs pour que leurs "talents" se passent
de commentaire.
Il n'y a pas que la plongée qui laisse des souvenirs dans le Golfe de la
Gonave, le retour à l'escale peut également épater. Si ce ne sont pas les
poissons volants qui divertissent avec leurs acrobaties, ce sera peut-être un
groupe de dauphins qui soulèvera l'admiration en escortant le bateau au rivage.
Ce fut précisément notre cas au retour de l'île de la Gonave et cette brève
expérience vaut à elle seule, la sortie. Les performances de nos spécimens en
captivité ne sont qu'un pâle reflet de l'habileté de ces créatures.
Les tarifs respectent la norme dans la région des Caraïbes et se comparent
bien aux taux facturés dans l'archipel Fiji et même aux Philippines. Ils sont
concurrentiels aussi avec la plupart des tarifs nords-américains.
Les forfaits offerts en collaboration avec le centre de villégiature Kaliko
offrent des avantages certains sur la plongée à la pièce. Ils comprennent les
tarifs de petits déjeuners et soupers, ainsi que toutes les taxes et les
pourboires. Il y a 5 plongées comprises dans un premier forfait et 10 au
second. Les plongées de nuit à partir de la plage sont également incluses
ainsi que le remplissage des bouteilles. On peut d'ailleurs à l'occasion,
bénéficier d'un "Baskin bonus" c'est-à-dire un cent ou deux cents
livres d'air supplémentaires dans nos bouteilles.
Note : M. Alan Baskin est décédé à Miami, Floride, le 8 octobre 1999 à
l'âge de 70 ans.