Un jeune cinéaste bien de chez nous, un Gaspésien pure laine en plus. Peu
de gens le connaissent et pourtant son premier film sous-marin a été diffusé
à plusieurs reprises à la télé. Ceux et celles qui ont vu "La
vie cachée du St-Laurent" ont immédiatement été séduits par
la beauté des prises de vue sous-marines tournées dans les eaux gaspésiennes.
Ce film s'était mérité le prix Gémeaux de la meilleure émission
documentaire et avait attiré l'attention au Festival Mondial de l'image
Sous-marine d'Antibes en 1988.
Mais
qui est donc ce jeune cinéaste sous-marin québécois? Harold est né à Gaspé
et y a fait toutes ces études jusqu'au niveau collégial. Certifié plongeur
en 1984, n'ayant que 6 heures d'expérience en plongée et aucune en cinéma,
il est engagé par la Société de production sous-marine dont son père
était le propriétaire, pour le tournage de "La vie cachée du
St-Laurent".
"À ce moment tout était nouveau pour moi; la caméra, les
sites de plongée et même pour ainsi dire, la plongée elle-même puisque je
n'avais que très peu d'expérience sous l'eau. Tout ce que je filmais était
une source d'émerveillement. La plupart des espèces rencontrées ne m'étaient
connues que par des descriptions de livres."
Ce film a nécessité 6 mois de tournage. Quand on sait que la caméra
utilisée, une Bolex 16mm datant d'une vingtaine d'années ne peut tourner que
150 secondes (2½ min.) de film à la fois et qu'ensuite il faut sortir de
l'eau pour recharger, vous vous imaginez alors la somme de travail nécessaire
pour le tournage d'un documentaire d'une heure!
Depuis le tournage de ce film, Harold n'a cessé de s'intéresser à la cinématographie
que ce soit sous-marine ou terrestre. Il a été entre autres assistant de
production sur le long métrage "Les fous de Bassan"
(1986), stagiaire à la caméra sur le long métrage "Marie
s'en va t'en ville" (1986), cameraman sur le court métrage "L'homme
qui a vu l'ours" (1987). En 1988, il devient propriétaire de la
Société de Production Sous-marine appartenant auparavant à son père. Puis
l'année '89 a été bien remplie: des tournages de prises de vues
sous-marines dans la Série chasse et pêche, "Sport O'Keefe"
et comme assistant-cameraman sur le film Cargo et j'en
passe.
Venons-en enfin à "HOMARUS AMERICANUS", le
documentaire tourné en 1989 qui lui a valu la Palme d'or, le Prix
de la ville d'Antibes, le prix du Ministère de la culture et des
communications au 16ème festival mondial de l'Image Sous-marine d'Antibes
Juan-les-Pins.
C'est
lors de ce tournage que j'ai rencontré ce jeune homme ainsi que sa compagne
de travail, Michèle. Nous avons travaillé ensemble pendant 2 jours, et je
vous assure que les moyens techniques utilisés pour le tournage sont plus que
rudimentaires. Comment communiquer avec Harold qui nous attendait au fond pour
savoir quand nous devions faire ceci ou cela? Ce n'était pas très difficile:
dès qu'il était prêt à filmer, Harold laissait remonter une bouteille de
jus d'orange vide. C'était le signal pour que nous du bateau commencions à
jouer notre rôle. Mais les courants et le vent n'aidant pas, il aura fallu
recommencer la scène du "lancer du casier à homard à l'eau"
plusieurs fois. Il a même fallu une fois qu'il se déplace rapidement car la
cage tombait directement sur lui. Par la quantité de bulles qui est apparue
à la surface à ce moment, Michèle et moi nous sommes dit: "Il doit
être en maudit". Mais non! Harold est remonté en riant tellement
qu'il a failli s'étouffer. Et c'est ce côté de Harold que j'ai admiré le
plus. Il ne se décourage jamais, il est patient, calme et si cela ne marche
pas, on recommence... c'est tout! L'eau est froide, alors "papa" lui
prêtera de bon coeur sont "Dry suit". Mais le problème, c'est que
"papa" fait une fois et demi son poids... mais ce n'est qu'un détail!
Ça coule de partout, ça déplace beaucoup d'eau, ce n'est pas grave! C'est
plus chaud qu'en "Wet"...
Philosophe, Harold ne recherche pas le "sensass". Quand il parle
de l'eau, il dit: "C'est un milieu que j'aime exploiter visuellement
pour ses jeux de lumière à travers la surface, sur le fond, dans les
algues". Il travaille surtout en lumière naturelle et quand une lumière
artificielle est nécessaire, il évite de la faire paraître. En fait ce
qu'il veut c'est de rendre ses films "visuellement intéressants".
Je crois que jusqu'à présent, c'est réussi !
Je souhaite donc bonne chance à ce jeune cinéaste prometteur et j'espère
pour lui qu'un jour il pourra se payer un "Dry Suit" et une ciné-caméra
qui lui permettra de tourner plus de quelques dizaines de secondes à la fois.
Harold ARSENAULT - réalisateur, cameraman et monteur - Palme d'Or,
Prix de la ville d'Antibes, Prix du Ministère de la Culture et des
Communications (France) - Prix GÉMEAUX 1988 (documentaire).
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