Monsieur A.E. Smith énumère 81 sortes de fleurs sauvages qu'il a
identifiées sur la pointe Drummond, lac Memphrémagog dans son livre: The
Drummond Point Story. Cela peut surprendre mais n'est qu'une partie infime
des richesses qui nous entourent.
Lors d'une plongée, en 1980, avec mon fils Martin (c'était sa première
plongée de nuit) nous avons compté dix-sept espèces différentes de poissons
et crustacés dans un endroit où la profondeur n'excédait pas 30 pieds.
Le 27 novembre1981, j'étais dans la baie "Whitehead Cove" au nord
de Georgeville. C'était le temps du frai et je me suis retrouvé entouré de
nombreuses grosses truites. J'avais l'impression d'être attaqué: il y en avait
tellement que je me demandais comment elles faisaient pour circuler. Aujourd'hui
avec plus de 2000 plongées dans le lac Memphrémagog, je constate que ce
phénomène ne m'est arrivé qu'une seule fois: peut-être que l'intrus
dérangeait...
Le 10 avril 1981, juste en face de la station de pompage de Magog, la glace n’était
pas encore toute partie, j'ai vu un gros poisson. L'examinant de près je me
suis aperçu qu'il était aveugle: des cataractes blanches recouvraient ses
yeux. Alors, je me suis approché et l'ai pris entre mes mains, il mesurait
environ 30 pouces de long. Lentement il a commencé à agiter la queue et s'est
mis à avancer. Je ne pouvais le tenir à cause de sa viscosité. J'ai revu au
sud du Mont Owl's Head ce même type de poisson en 1984. J'ai parlé du fait à
notre autorité sur la pêche, M. Marcel Langlois, qui m'a confié avoir déjà
attrapé ce genre de poisson. D'après la description que je lui en ai fait, il
s'agirait de la lotte américaine de l'est ("lota lota lacustris"
dans le langage d'érudit).
Vers 1982, entre 70 à 90 pieds de profondeur je retrouvais des petits
poissons bizarres que j'avais alors surnommés "les sauteux". Un jour
je reviens au bateau et m'aperçois qu'un de ces petits "sauteux"
était dans le sac que j'utilisais pour rapporter mes trouvailles.

C'est alors que j'ai communiqué avec un biologiste de l'Université McGill,
M. Mark Hanson, qui m'a demandé d'essayer d'en capturer un pour qu'il puisse
l'étudier. Un bon jour j'en ai fait "sauter" un dans mon sac,
j'étais très content de le remettre à M. Hanson. C'était un chabot des
profondeurs communément appelé en anglais: "deep water sculpin". Ce
poisson vit dans la partie froide du lac et on peut ne le retrouver qu'à
certaines profondeurs. Ce poisson doit longer le fond pour atteindre la surface
car il ne possède pas de vessie natatoire pour l’aider à nager entre deux
eaux comme les autres poissons. Il ressemble à un têtard. Lorsque j'ai
rencontré le biologiste pour lui remettre le poisson, il était très heureux
car c'était la première fois qu'il lui était possible d'en voir un vivant. Il
en avait souvent vu dans Ie ventre de d'autres poissons. Il m'a dit qu'il serai4
conservé dans du formol à la faculté de biologie de l'Université McGill avec
la date de la capture et le nom du pourvoyeur. Je taquine souvent mes amis en
leur rappelant que je suis le "pourvoyeur officiel" de chabots des
profondeurs pour l'Université McGill.
L’observation de la nature m'émerveille toujours et c'est toujours une
grande joie qui m'envahit chaque printemps et chaque été alors que je retrouve
mes amis du fond de l'eau.
Jacques Boisvert