"Le Memphrémagog est le plus grand lac de l'Estrie. Son étendue
imposante en fait un véritable océan de plongée". C'est en
ces termes que Claude LEBLANC introduisait le MEMPHRÉ, en 1978, dans le Guide
du Québec Sous-marin OPÉRATION EAU-RAGE dans les CANTONS DE L'EST, un des 8
recueils de sites de plongée publiés par la FÉDÉRATION.
Depuis cette époque de nombreux plongeurs, dont notre ami à tous Jacques
BOISVERT, y plongent et replongent années après années, sans jamais se
désintéresser de sa géologie, de sa faune et de son histoire. "Ce qui
me motive à plonger dans ce lac c'est que pratiquement à chaque plongée j'ai
retrouvé des débris tels fusils, lumières de navigation, bouteilles.
porcelaine. poteries, ancres et moteurs..." Voilà un extrait de 340
PLONGÉES AU MEMPHRÉMAGOG par Jacques Boisvert, publié dans notre magazine il
y a déjà 8 ans.
Toujours amoureux du lac, Jacques anime maintenant la SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU
LAC MEMPHRÉMAGOG et, au fil de ses plongées. contribue à écrire et faire
connaître l'histoire de ce plan d'eau unique au Québec. Ses conversations nous
font revivre l'époque des grandes "mansions britanniques". des
vapeurs de plaisance, et les mystères du monstre marin qu'il a surnommé
MEMPHRÉ. Le guide OPÉRATION EAU-RAGE fait état de 26 sites de plongée et
d'autres répertoires réalisés par la suite en analysent des dizaines
d'autres. Récemment, un texte racontant une plongée au MEMPHRÉMAGOG nous fut
adressé par Richard THOUIN (Centre de Plongée MEMPHRÉ).
Nous avons donc saisi l'occasion de vous re-suggérer ce "bon vieux
MEMPHRÉMAGOG" comme destination de plongée pour la saison qui s'annonce.
POISSONS, COULEURS, FORMATIONS ROCHEUSES ET DÉCOUVERTES....
Poissons, couleurs. formations rocheuses, falaises sous-marines, crevasses
mystérieuses sont tous des sujets que chaque plongeur discute, et rêve de
rencontrer sous l'eau. Si on ajoute à ces motifs de plonger. l'aspect
historique et la présence mythique d'un "monstre marin"...on comble
bien des espérances.
Pour retrouver de telles sites de plongée. plusieurs d'entre nous pensent
qu'il faille dépenser argent et temps pour aller à l'étranger. Mais vous
resteriez surpris de pouvoir rencontrer la plupart de ces intérêts de plongée
ici même dans le sud-est du Québec, à une heure d'autoroute de MONTRÉAL. Le
merveilleux lac MEMPHRÉMAGOG n'attire pas seulement les amants du grand air, de
la voile, des arts et les scénaristes du film "LE DÉCLIN DE L'EMPIRE
AMÉRICAIN". Depuis des années (voire des décennies) il attire les
plongeurs.
Laissez-vous immerger dans cet incroyable site de plongée sous-marine. Le
temps de quelques paragraphes. nous vous servirons de copain de plongée et de
guide.
"On
prépare tout (l'équipement, le bateau,...) et on part. Cinq minutes de
navigation plus tard, on jette l'ancre dans 4-5 mètres d'eau (15 pieds d'eau)
et on laisse filer au moins 15 m de câble (une cinquantaine de pieds) pour bien
assurer l'ancrage. Le vent et la météo sont parfois surprenants sur ce grand
lac de plus de 60km de long. On finit de s'équiper et on saute à l'eau. On
descend au fond (4 à 5 m). En suivant la pente, on se dirige vers le large.
Lentement, en s'acclimatant au nouvel environnement, on progresse vers une
dizaine de mètres de profondeur. Sur notre passage, des dizaines de poissons de
différentes grosseurs.
Après les avoir observés (et peut-être nourris), on continue pour arriver
à la falaise dont l'abrupt et la formation inégale nous surprend. Une
véritable formation rocheuse très ancienne, brisée de crevasses et de replis
très intrigants.
On explore des yeux. On contourne les rochers. Dans la pénombre, le panorama
est majestueux et quelque peu "cathédralesque". Les blocs surgissent,
imposants, à la limite de la visibilité. D'abord diffus, puis massifs, se
dressant comme des murailles, en contre-jour dans les rayons de soleil qui
filtrent en profondeur. On longe la falaise et on descend jusqu'à environ 25 m
(80 pieds env.) Tranquillement, on s'éloigne à quelques mètres de la paroi
pour mieux "tripper" du spectacle. Pas besoin de lampe sous-marine: la
visibilité la rendrait à toutes fins pratiques inutile. Suspendus au dessus du
vide, on apprécie l'apesanteur. On flotte au-dessus de "rien",
au-dessus des sombres profondeurs où un monstre légendaire nous observe.
Toutes les sensations de la plongée se mêlent dans nos têtes. On plane comme
oiseau, on flotte comme nuage....!
Un coup d'oeil à nos instruments et c'est la remontée, lentement le long de
l'à-pic vers les eaux plus chaudes et ensoleillées de la surface. Vers les 10
m, on franchit le thermocline où nous attendent des dizaines et même des
centaines de poissons.
Là, entre deux immenses formations rocheuses (deux plaques de roches
métamorphiques caractéristiques de cette région des Cantons de l'Est de plus
de 5 m de haut) se profile un couloir illuminé. On s'y glisse. Tous les
poissons sont là à nous y attendre. Ils se laissent admirer et, si on fait un
peu attention de ne pas trop les énerver, plusieurs se laissent même presque
flatter.
Ne pas les apeurer, c'est important car il s'agit d'un milieu écologique
très rare. Si vous avez la chance d'y plonger et d'en apprécier les beautés,
pensez à laisser cette même chance aux autres qui vous suivront.
Vers la fin de la plongée, sur le haut fond (à moins de 5 m) on visite le
secteur des algues et des poissons d'eau chaude. C'est là qu'on
"décompresse" bien que notre plongée ait été bien en deçà des
temps réglementaires de non-décompression. Trois à quatre minutes à 3
mètres, le temps de rassembler ses esprits après une si belle plongée, c'est
tellement relaxant... Enfin on perce la surface, voilà c'est fini…
Mais non, on la revivra souvent en pensée ou en la racontant à nos
camarades cette plongée toute simple mais combien superbe. Et on y
reviendra...."
La Rédaction