Cet hiver en Gaspésie, plus précisément dans la Baie de Percé,
s'expérimente un type de pêche original, tout au moins pour ce qui est des
rivages québécois.
Dans
leur méthode ces nouveaux pécheurs côtoient quotidiennement les diverses
créatures peuplant les fonds marins. En effet cette pêche se pratique sur le
fond et son objet n'est autre que l'oursin, ce petit echynoderme aux épines
acérées qui font la douleur des talons et genoux de plongeur. Qui n'a jamais
goûté lors de plongées apnée ou scuba en mer a la cuisante piqûre de cette
boule d'épingles, verte chez nous, noire ou violette chez nos voisins du Sud,
dont le seul remède efficace connu consiste, excusez l'expression, a se pisser
dessus. L'oursin, donc, un des habitants les plus dangereux de nos fonds marins,
en tout les cas un des mieux armés, présente, outre ces inconvénients,
l'agréable avantage d'être un mets de qualité au goût très fin, délicieux
mélange d'iode et de noisette avec le petit quelque chose de particulier qui
accroche. Seuls les oeufs ou gonades se mangent, pareilles à cinq petites
tranches d'oranges réparties sur le fond de la coquille, crues arrosées de
citron, ou d'une multitude de manières, dépendant des préférences de chacun.
Depuis le début de l'été quatre plongeurs de Percé dont l'auteur ont
effectué des examens et recherches, puis expérimenté une méthode de pêche
qui peut sembler rudimentaire mais surprenante. Seize mille livres ont été
pêchées cet automne, début de la période de maturité de l'oursin et les
plongeurs attendent avec impatience le début de la saison d'hiver. Les fonds de
la Baie de Percé offrant une grande diversité de spectacles et de couleurs, ce
travail qui peut sembler un peu éprouvant trouve sa compensation dans la
contemplation de cette symphonie silencieuse et visuelle.
Les oursins sont choisis avec soin selon leur taille sur le fond, décrochée
à la main, ce qui s'avère parfois difficile. Peut-être sentent-ils venir le
pêcheur? Les gants que nous utilisons sont recouverts d'une pièce de
caoutchouc dur et nous nous servons de paniers ronds pour récolter et remonter
les prises. Nous sommes constamment entourés de poissons ou crustacés, curieux
de ces étranges créatures de nylon ou caoutchouc qui soufflent, et nous
observons d'un oeil intéressé la vie sous marine si riche et diversifiée dans
ce coin de pays.
En ce début de janvier, les étoiles de mer ont pondu et couvent enroulées
au soleil qui perce à travers la glace. Les homards hébétés par leur
hibernation sortent tout de même de leur trou, curieux insatiables. Les plies
et rascasses frigorifiées se mimetisent avec le fond. Seul le plancton danse
dans les rayons de lumière bleutée, indifférents au froid et à la léthargie
du monde sous marin. Même les oursins ont ralenti leur cycle de vie et
consacrent toute leur énergie à leur ponte prochaine, mars ou avril.
Nos équipements sont soumis à dure épreuve, plongée répétitive d'hiver,
pêche sur le fond à genoux ou allongés et nous étudions le comportement de
chaque pièce avec soin. Les fuites sont fréquentes sur les habits, les
régulateurs se comportent assez bien si le froid n'est pas trop mordant.
Et pour finir le produit de notre pêche est acheminé toutes les semaines à
Pointe-au-Père, près de Rimouski, où une petite usine des Oursins Verts du
St-Laurent en effectue la transformation et la distribution au Japon et sur le
marché québécois encore tout jeune et en création.