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Connaître un lac à fond:
LES PLUIES ACIDES
MENACENT LE PLONGEUR
Texte et recherche de Tristan Léonard
A.D.P. / FQAS
Revue LA PLONGÉE
Volume 9, No.5, Mai 1982
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56% de nos lacs se meurent !
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"Pour la première fois de ma courte carrière de plongeur, je visitais
un lac mort ! Depuis une bonne demi-heure, nous palmions sans rien voir : mon
copain s'ennuyait à mort ! La visibilité était très acceptable, presque 10
mètres ! Mais pas le moindre poisson ! Au fond une sorte d'algue filamenteuse
verte de deux 'a trois pieds d'épaisseur. Soudain, enfin un poisson! disons
plutôt un méné... Nous nous en approchons. Bizarre ! il repose au fond sans
mouvement. Mort! Difforme ! Le corps tordu par on ne sait quelle maladie. Mon
copain le ramasse, le met dans un petit sac de plastique, nous le passerons au
microscope plus tard en après-midi.
Nous décidons de rentrer. Visiblement le Sacacomie n'est plus ce qu'il
était ! Près du bord, un peu de vie subsiste : quelques notonectes et "water
boatmen" voilà tout ce qu'il reste de vivant dans un lac autrefois rempli
de truites, de larves de toutes sortes. Décidément la plongée se détériore
de plus en plus!"
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Fiction ! nous direz-vous? Le Sacacomie est encore aussi beau que toujours !
Vous avez raison Ce que vous venez de lire est pure invention ! Le Saco n'est
pas mort ! Il est bien vivant et espérons qu'il le restera longtemps encore.
Mais que ferons-nous pour l'aider à survivre? Les lacs des Laurentides sont
menacés par un ennemi mortel. Pire que les fosses septiques, pire que les
déversements industriels, les pluies acides ont déjà fait des dizaines de
victimes dans l'environnement.
LACS MORTS ET CHEVEUX VERTS
En Ontario, dans les Adirondacks (État de New York), en Suède, des
centaines de lacs ont bel et bien subi le sort que nous venons de décrire.
Des lacs cristallins autrefois remplis de truites, de brochets et d'achigans,
ne sont plus que de grands réservoirs d'eau acide. Situés dans des régions
granitiques (roche imperméable acide naturellement), et sous le vent des
lointaines industries polluantes, la pluie et la fonte des neiges acides a peu
à peu augmenté le pH (teneur en acide) de l'eau. Les poissons sont disparus de
plus de 140 lacs en Ontario, de plus de 180 dans l'état de New York, d'un
estimé de 20,000 en Suède! En fait, aussitôt que le pH tombe sous la marque
5,5 la vie des poissons est menacée de plusieurs façons.
L'eau acide fait diminuer la teneur en calcium des arêtes (squelette); alors
que les muscles conservent leur force, il s'en suit une déformation du corps.
Un poisson difforme a de la difficulté à se déplacer pour se nourrir ou
échapper à ses prédateurs.
La pluie acide libère par lessivage l'aluminium jusque-là retenu dans les
sols. Cette substance (aluminium) se retrouve en excès dans l'eau du lac. Elle
se fixe aux branchies lors de la respiration. Le métabolisme du poisson réagit
en sécrétant des anticorps (un mucus) qui isole l'aluminium du tissus sanguin
des branchies. Mais, ce faisant, le mucus empêche l'oxygène dissous dans l'eau
de rejoindre le tissus branchial : il s'en suit une mort lente par asphyxie
progressive.
Au printemps, la neige fond en quelques jours libérant d'un seul coup les
polluants atmosphériques captifs dans les neiges acides. D'un seul coup. toute
l'acidité de plusieurs mois d'hiver se retrouve dans le lac au moment crucial
du fraye! Le résultat est dévastateur : des femelles infertiles, des oeufs et
des alevins difformes.

Mais les pluies acides n'influencent pas seulement la vie des lacs. Leurs
effets sur la flore sont tout aussi importants et affectent les productions
forestières (et delà l'industrie papetière, une des richesses renouvelables
du Québec) ainsi que l'agriculture. Incroyable mais tout à fait vrai, les
pluies acides attaquent très directement la santé des populations. Anne
LaBastille cite le cas de milliers de suédois qui ont vu tout à coup leurs
cheveux blonds passer au vert! L'explication ? L'eau acidifiée corrodait la
tuyauterie de cuivre de leur domicile produisant un sulfate de cuivre. Ce
composé a réagi avec le tissus capillaire en modifiant la couleur... Et que
dire des "smog photochimiques" qui déjà ont fait des milliers de
victimes dans les grandes villes d'Europe et d'Amérique.
Les pluies acides n'attaquent donc pas que les poissons. Il faut que les
individus à même de constater la détérioration d'écosystèmes fragiles (les
lacs entre autres) alertent l'opinion publique. Si en tant que plongeurs vous
refusez d'accepter la mort de vos sites de plongée, peut-être pourriez-vous
passer aux actes et réagir ?
SO2/NOX PLUS H20 ÉGALE PLUIE ACIDE
Qui sont les polluants? Où sont les pollueurs? Les recherches de ces
dernières années (fin des années '60) ont réussi à identifier les causes de
ce phénomène qui a pris naissance avec la révolution industrielle au milieu
du XIXe siècle.
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LES POLLUANTS
OXYDES DE SOUFFRE
anhydride sulfureux SO2
70% des pluies acides |
LES POLLUEURS
Combustion du charbon et du pétrole (centrales thermiques.
installations de chauffage, aciéries, raffineries, fonderies,
etc.) |
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OXYDES D'AZOTE NOX,
env. 30% des pluies acides
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Moteurs à combustion interne (autos par ex.) |
Bref notre société est en train de se suicider avec les outils qu'elle
s'est forgé pour son bien être. Qui est donc le véritable coupable? Les
industries de l'Ontario, de l'Ohio, de l'Europe? Sans doute, mais aussi et
surtout les collectivités qui refusent la réalité. Une certaine complaisance
politique alliée à une profonde ignorance contribuent à retarder les actions
propres à renverser la vapeur. La Nature n'en peut plus, il est peut-être
temps de l'aider.
PEUT-ON IDENTIFIER UN LAC ACIDE ?
D'abord établissons un fait : un simple plongeur ne peut réussir à poser
un diagnostique sûr. Pour ce faire il devrait être équipé d'instruments (pH
mètre par exemple) très coûteux. Cependant, si ce plongeur a étudié de
près la question, s'il est habile à percevoir l'état d'un milieu
(reconnaître les poissons, les insectes et les plantes), il pourra sans doute
déceler un lac en voie de détérioration. Il lui suffira alors de sensibiliser
les riverains du lac. Il incombe à ces derniers de faire les démarches
officielles pour faire procéder à une étude scientifique.
LAC ACIDE ?
Sans jouer au scientifique, vous pouvez déceler certains signes de la
détérioration des lacs que vous visitez. Voici quelques vérifications è
effectuer :
1 - EN SURFACE.
Est-il entouré de montagnes ?
Est-il à une altitude de 400 à 600 mètres?
Est-il dans les Laurentides ? sur le tracé des vents dominants du Sud-Ouest?
(voir carte) Y a-t-il beaucoup de conifères ? est-ce une région de roche
cristalline ?
2 - CE QU'EN DISENT LES GENS:
La pêche s'est-elle détériorée ?
L'épuration des eaux usées est-elle conforme ?
Trouve-t-on d'anormales quantités de poissons morts, difformes ou aux
branchies bizarres ?
3 - EN PLONGÉE.
Les animaux sous-marins sont-ils rares ? Les larves d'insectes sont-elles
en nombre suffisant?
Y a-t-il trop de moules mortes? trop d'algues ?
Quel est le pH de l'eau? (vérifier à l'aide d'un papier
"Tournesol" du type "pH HYDRION" - remarque l'utilisation
de ce papier n'est pas très significative mais indicatrice d'une tendance)
Si vous avez des doutes, suggérez aux riverains (association des
propriétaires du lac) de communiquer avec un service spécialisé
(Environnement) pour faire confirmer vos soupçons.
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ATTENTION ! Vous êtes plongeurs et non biologistes, alors prudence dans vos
assertions. Cependant les derniers relevés du ministère de l'ENVIRONNEMENT du
Québec prouveraient qu'environ 56% des lacs visités et étudiés seraient
atteints
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Plus subtiles que les radiations atomiques, que les déversements de produits
toxiques (mercure et PCB), que les ravages des eaux usées, les pluies acides
menacent nos lacs. Elles sont en voie de détruire notre magnifique monde
sous-marin. Que ferons-nous en tant que citoyen, en tant que plongeur ou au
moins entant qu'être vivant pour nous défendre de cet envahisseur que nous
avons créé par notre société de confort ?
Soyons donc attentif à ce débat et essayons d'y jouer un rôle constructif.
Les pluies acides, c'est loin d'être de la fiction ! C'est une menace qui
fait déjà des victimes.
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BIBLIOGRAPHIE:
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Notre recherche est fondée sur une série de documents très faciles
d'accès. Le lecteur pourra, nous en sommes persuadés, trouver assez facilement
ces documents et, à leur lecture, découvrir à son tour l'importance du
problème.
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Environnement-Canada, 1973, NOTRE ENVIRONNEMENT, brochure Ottawa, Ont. K1A
0H3, 24 pp.
Environnement-Canada, 1981, L'ODYSSÉE DES PLUIES ACIDES, Ottawa, Ont. 24 pp.
couleurs.
Ministère de l'Environnement, Service de l'éducation, Québec, LES
PRÉCIPITATIONS ACIDES ET L'ENVIRONNEMENT, Oct. 1980, série Banque de travail,
no.2, Québec, 20 pp.
Pierre Vincent, 1980, LES PLUIES ACIDES: UN PROBLÈME INTERNATIONAL,
revue L'Environnement,
Vol. 7 no.5, C.P. 65, Place d'Armes, Montréal, Qué.
Anne LaBastille, nov. 1981, ACID RAIN: HOW GREAT A MENAGE ?,
National
Géographic Magazine, Vol. 160, no.5, Washington, D. C., U.S.A., 31 pp.
Michael Soegtrop, Sept. 1981 ACID RAIN, Diver Magazine, Vol. 7 No 6, Vancouver
B.C., Canada
Chambre des Communes, 1981, LES EAUX SOURNOISES: Rapport du Sous-Comité sur
les pluies acides, Approvisionnement et Services Canada, Ottawa, 158 pp.
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Dernière mise à jour: 19 janvier, 2003
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