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Depuis
quelques temps, les oiseaux rencontraient sur les réservoirs « une chose
étrange », en forme de cube, parfois lumineuse, munie d'un bras, infiniment
plus petite et moins rapide qu'une baleine... Les exploitants de centrales, les
scientifiques et les scaphandriers se sont intéressés au plus haut point à
cet objet curieux.
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Est-ce
l'enthousiasme pour le robot sous-marin bleu qui me fait me prendre pour
Jules Verne et adapter librement ses Vingt mille lieues sous les mers
à la sauce hydro-québécoise?
Depuis plus d'un an déjà, je consigne dans mon carnet des
renseignements sur les travaux d'une équipe de l'Institut de recherche
d'Hydro-Québec. L'objet de ces travaux s'appelle le robot sous-marin 3,
puisqu'il représente la troisième génération de robots utilisés par
Hydro-Québec pour inspecter les barrages et les structures immergées.
Mais il faudrait lui trouver un joli nom, n'est-ce pas? Électricité de
France a bien son Super Achille, un robot subaquatique.
De la tête aux pieds
La sécurité des barrages repose sur une solide connaissance
de leur état. Outre l'inspection terrestre des ouvrages, on doit
diagnostiquer toute anomalie sur les structures immergées. Cette
mission revient à une équipe expérimentée de scaphandriers. Ces
plongeurs travaillent dans des conditions souvent difficiles. La
visibilité, parfois nulle, et les débris en suspension constituent une
menace; les conditions dangereuses occasionnent même parfois une
interdiction de plonger. Mais les centrales hydroélectriques,
préoccupées par leur soif d'eau et leur rendement, n'ont cure de ces
dangers. Si l'humain a voulu d'elles pour assurer son confort, qu'il
s'en occupe, de la tête aux pieds !
Une équipe de chercheurs, de techniciens et de scaphandriers
unissent leurs talents depuis plusieurs années pour mettre au monde un
robot subaquatique adapté aux besoins des exploitants d'aménagements
hydroélectriques. Hydro-Presse vous invite à plonger au coeur
de ce projet d'innovation technologique, à vingt mille lieues de la
science-fiction.
Dernier chapitre
Amorcé au milieu des années 1990, le développement du
robot doit franchir plusieurs étapes avant son homologation. À la fin
du mois de février 2003, les responsables de l'équipe plate-forme
Production accordaient un budget de 4,5 M$ au responsable du projet pour
la réalisation d'un prototype industriel. Cela signifie notamment
réaliser une étude de marché, préparer un plan d'affaires, rédiger
la documentation pour les partenaires industriels qui seront retenus,
augmenter la robustesse de la version 2002 du robot et étendre son
utilisation à plusieurs régions où l'entreprise a des installations.
« Nous récoltons les
fruits des bons coups de nos prédécesseurs, raconte humblement Michel
Blain, chargé de projet - Technologies à valeur ajoutée pour les
travaux immergés. Le robot de deuxième génération, le sous-marin
jaune, a été très utile car on a pu effectuer plusieurs inspections.
Certaines furent des succès, d'autres des échecs. Ces plongées nous
ont permis d'orchestrer le projet de recherche selon les vrais besoins
de l'entreprise. Nous savions exactement ce qu'il fallait: un robot
sous-marin robuste, facile à mettre à l'eau, à utiliser et à
réparer. » Formulé ainsi, ça parait simple mais, pour la quinzaine
de membres de l'équipe, la commande était de taille. «Le robot
sous-marin tel que nous le voulions n'existait pas sur le
marché; il a fallu adapter une technologie existante aux besoins d'Hydro-Québec.
Pour ce genre de produit, il est important que l'entreprise détienne
l'expertise. »
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UNE TOURNÉE
FRUCTUEUSE |
Au cours de l'année, plusieurs sorties ont été
effectuées ici et là au Québec avec le robot sous-marin 3. On a notamment
réalisé des inspections aux centrales de la Première-Chute, de la
Sainte-Marguerite-3 et de Bryson, ainsi qu'aux centrales La Grande-1 et La
Grande-2. « Les opérations exécutées à l'aide du robot ont permis de
cibler les éléments à améliorer, fait remarquer Richard Laliberté. La
qualité des images diffusées par les caméras auxiliaires et la précision du
système de positionnement en sont des exemples. » Voici les principaux
faits saillants:
- Pour certaines centrales.
Inspection entre la grille à débris et la
vanne amont.
À la centrale de la Sainte-Marguerite-3. Inspection du barrage avec un
groupe turbine-altérnateur en exploitation.
A la centrale de Hull-2. Détection d'une faille à un endroit où il y
a interdiction de plonger. Évaluation des dommages avant une réfection
majeure.
A la centrale Manic-5. Détection d'une
fissure plongeante sur la voûte centrale du barrage Daniel-Johnson et
inspection de la qualité des travaux d'injection sur celle-ci.
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UN AMI PAYANT
ET SÉCURISANT
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Une fissure
plongeante
sur la
voûte 6 du barrage Daniel-
Johnson, captée par le robot à
plus de
130 m de profondeur.
Inspection
du béton des
piliers de
l'évacuateur de
crues
de la centrale de Hull-1.
Encombrement
d'une grille à
débris de la prise d'eau de la
centrale La Grande-2-A.
La puissance des moteurs
du robot permet d'inspecter
la grille à débris d'un groupe
turbine-alternateur immobi-
lisé pendant que les groupes
adjacents sont en fonction.
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Le robot, meilleur ami du scaphandrier? Serge Banville, chef - Civil
et activités sous-marines à Hydro-Québec Production, est responsable
de l'équipe de plongeurs. «Le robot sous-marin vient transformer
la mission des scaphandriers. Il devient un outil de travail. C'est
aussi un bon moyen de sécuriser une aire de travail.» En effet, la
plongée d'un
scaphandrier fait l'objet d'un
encadrement rigoureux et
elle nécessite une série d'autorisations dont l'obtention peut
s'échelonner sur plusieurs semaines. Le robot accélère ce processus
car on peut l'utiliser sans cadenasser les points de coupure mécanique, étant
donné qu'il n'y a pas de personnel dans l'aire de travail. Cette façon de
faire diminue le nombre d'interventions, comme la fermeture des vannes de tête,
et les manoeuvres peuvent être effectuées à distance par l'opérateur du
centre de téléconduite. Un groupe turbine-alternateur peut ainsi être
arrêté et remis en marche plus rapidement, ce qui réduit son
indisponibilité. En plus d'assurer une plus grande sécurité lors des
plongées, le robot réduit la durée des inspections et peut rendre inutile la
pose de batardeaux. Il permet par ailleurs aux exploitants d'augmenter la
disponibilité des groupes et de maximiser leur marge bénéficiaire. Depuis
l'an 2000, l'utilisation du robot sous-marin a fait éviter des dépenses
d'environ 5,1 M$.
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Vers le robot idéal
Chargé de projet depuis le début de l'année, Richard
Laliberté s'occupe plus particulièrement de l'industrialisation et de
la commercialisation du robot sous-marin. «D'ici la fin de l'année,
nous devrons avoir préparé la documentation (plans, liste de pièces,
spécifications, etc.) et choisi un ou des partenaires industriels.
«Le choix du bon partenaire industriel est primordial. Celui-ci
doit faire évoluer la version actuelle du prototype vers une version
industrielle. Ainsi, il participera aux travaux: visant à augmenter la
robustesse du robot dans le but de fabriquer une version industrielle
pour l'année 2004. Et, qui sait?, Si l'étude de marché s'avère
avantageuse pour les deux parties, ce partenaire industriel deviendra
peut-être notre partenaire commercial. En laissant la fabrication de
prototypes aux industriels, le personnel de l'IREQ peut continuer à
développer des applications spécifiques aux besoins d'Hydro-Québec.»
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Le
robot sous-marin est équipé de sept moteurs de 1,5 CV chacun, dont la
conception est unique. Pour l'alimenter en énergie électrique, on
utilise le même principe que pour une ligne de transport à haute
tension. On élève la tension et, une fois celle-ci rendue au robot, un
convertisseur l'abaisse. On a dû refaire le bobinage des moteurs pour les
adapter à ce concept. Six projecteurs de 500 W chacun fournissent un
éclairage puissant. La prise de vues est assurée par quatre caméras
couleur servant à la navigation et à l'enregistrement vidéo. Le bras
manipulateur peut être utilisé pour diverses tâches. Son utilisation
future fait actuellement l'objet de travaux de recherche-développement.
On se penche sur de nouvelles applications, comme le nettoyage et le
meulage.
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Le nouvel univers de travail du scaphandrier
Outre les
images des caméras, un environnement virtuel représentant les
déplacements du robot dans un monde en 3D peut aider le pilote à se
repérer.
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Ils unissent leurs talents pour mettre au monde un robot subaquatique
adapté aux besoins des exploitants d'aménagements hydroélectriques.
Accroupis: Serge Sarraillon et Jean Saintonge. Assis : Luc Provencher,
Richard Laliberté, Stéphan Beauregard et Michel Blain. Debout: Réjean
Lemire, Nathalie Soucy, Alain Croteau, Régis Houde et Robert Adam.
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Un des atouts de la technologie mise au point à l'institut de
recherche (IREQ) est l'ensemble camionnette-remorque spécialement conçu pour
transporter et piloter le robot. Selon l’aménagement
hydroélectrique, on a besoin en moyenne d'une heure pour le rendre
opérationnel. Roger Beauchesne et Michel Therrien, chefs scaphandriers,
ainsi que Philippe Beauchesne, scaphandrier, s'exécutent.
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